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LES HEURES
Au rendez-vous des bonheurs morts
Nous serons, vous et moi, les témoins de l’oubli;
Ni regret ni passé mais l’intense présent :
Nous contemplons sur nos visages
La force neuve,
Le calme,
Don merveilleux de nos sourires éteints;
À ne plus nous aimer, nous aimons mieux.
Heures lourdes qui me rivez à vos règles,
Je vous briserai, vous coulerez soumises à ma loi.
J’aurai le pouvoir de suspendre le temps :
Je veux dire mon temps, ma durée dans le monde;
Une vie toute de présent ne passe pas.
Vous, les amants d’irréel, vos âmes s’effritent,
Vos esprits sont perdus dans la brume
L’indifférence finit de vous consumer.
Mes amis de l’an dernier
Je vous aimais car vous partiez
Pour un si long voyage :
J’avais votre âge
Et la ferveur de vos visages;
Vous, dont les désirs battaient le temps,
Combien d’heures possédez-vous à présent,
Vous que j’oublie et qui m’oubliez?
Ces hommes, ce sont pourtant des hommes.
-Nuits qui pâlissent au commerce des joies,
Vitraux sombres et rideaux lourds,
Bonheurs, je n’ai cure de vous.-
Je vivrai ma saison comme une fleur de soleil,
Tes yeux seront le miroir nuancé de mes yeux,
Nos mains, avec bonheur, supporteront leurs mains,
Car ils nous veulent.
Partez sans vous faire attendre jamais;
Pourquoi ne ferions-nous pas le tour de la terre :
Elle a des douceurs de larme
Et des colères
Et des amours qu’on n’aimait pas
Et des frères que vous avez haïs;
Le monde est mort
Mais nous restons pour vivre. (A.S. LES HEURES)
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