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« Ah, les engoulevents. Ce n’est pas bon du tout » fit remarquer O’Farrel. « Venez, entrez ! » Je m’aperçus soudain, que malgré le froid environnant, il était très rouge. Et l’on devinait le sang battre contre ses tempes.....
Dès que la porte lourde et massive fut refermée, l’infernal concert des engoulevents s’atténua considérablement.
M’asseyant à la grande table qu’il me désignait, je lui fis part de mon étonnement de voir autant d’engoulevents dans cette région retirée de la Nouvelle Angleterre. Dunwich était une petite bourgade que je découvrais, entourée de brouillard, comme si celui-ci faisait partie du paysage. Vraiment sinistre.
O’Farrel s’approcha, un grand pot de café fumant à l’odeur réconfortante et commença :
- « Ce n’était pas comme cela avant. Depuis que je suis arrivé dans le village j’ai toujours vu ces bandes d’oiseaux lugubres. Les habitants semblent les craindre. Vous savez, on dit que les engoulevents sont des psychopompes qui conduisent les âmes des morts vers l’autre monde »
- « De quel autre monde parlez-vous ? » demandais-je presque machinalement.
- « Oh, mon jeune ami, je crois que vous ne savez pas encore grand-chose sur les légendes qui courent par ici. Je ne fais pas allusion au paradis, croyez-moi, mais plutôt à l’enfer, et même à quelque chose de plus effroyable que l’enfer ! »
Au fur et à mesure qu’il parlait, O’Farrel, pourtant si calme quand il m’avait abordé, devenait presque surexcité, et sa volubilité était douloureuse. Il semblait trembler en portant le bol de café à ses lèvres.
- « Je ne sais pas pourquoi je reste ici. Je suis pourtant aguerri à toutes les émotions, mais plus le temps passe, plus je sens mes nerfs lâcher prise. Le Vieux, lui, n’a pas l’air d’être affecté par ce sinistre environnement. C’est qu’il est spécial le Vieux. Quelqu’un de très instruit, un professeur émérite de l’Université de Miskatonik à Arkham. Mais vraisemblablement fou et même plus que ça, si vous voyez ce que je veux dire ! »
Alors que mon hôte me tendait la perche, je ne la saisis point, cependant. J’étais à la fois intrigué et perturbé par l' infernale et hallucinante sarabande des nuées d’engoulevents, à l’extérieur, dont les piaillements suraigus semblaient redoubler d’intensité malgré l’épaisseur des murs.
- « Ah, les engoulevents, ils vous intriguent….et vous effraient aussi, je suppose ?! » reprit-il. «Ils font partie d’un tout. C’est qu’il s’en passe des choses que vous ne pourriez même pas imaginer, vous les gens des grandes villes. Toute cette région est infestée de mystères ».
Je souriais amèrement de l’usage qu’il faisait du mot "infesté".
- « Oh ! Je ne parle même pas de Dunwich. Je vous ai dit que j'étais d'origine irlandaise. Là-bas, j’en ai vu des choses. Les mégalithes de Kenmare m’ont parlé, vous savez ! Et près des tourbières du comté d’Offaly, j’ai vu plus d’une fois la Banshee. Le Vieux, il parle à la Banshee. Eh oui, c’est incroyable, elle rôde, ici, à des milliers de lieux de son refuge ! ».
Un frisson me parcouru toute l’échine à l’évocation de ce nom d’origine gaelique qui distillait soudain en moi une indicible terreur……
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