|

Nirvana
L'universel désir guette comme une proie
Le troupeau des vivants ; tous viennent tour à tour
À sa flamme brûler leurs ailes, comme, autour
D'une lampe, l'essaim des phalènes tournoie.
Heureux qui sans regret, sans espoir, sans amour,
Tranquille et connaissant le fond de toute joie,
Marche en paix dans la droite et véritable voie,
Dédaigneux de la vie et des plaisirs d'un jour !
Néant divin, je suis plein du dégoût des choses ;
Las de l'illusion et des métempsycoses,
J'implore ton sommeil sans rêve ; absorbe-moi,
Lieu des trois mondes, source et fin des existences,
Seul vrai, seul immobile au sein des apparences ;
Tout est dans toi, tout sort de toi, tout rentre en toi !
*
Le Rishi
Dans la sphère du nombre et de la différence,
Enchaînés à la vie, il faut que nous montions,
Par l'échelle sans fin des transmigrations,
Tous les degrés de l'être et de l'intelligence.
Grâce, ô vie infinie, assez d'illusions !
Depuis l'éternité ce rêve recommence.
Quand donc viendra la paix, la mort sans renaissance ?
N'est-il pas bientôt temps que nous nous reposions ?
Le silence, l'oubli, le néant qui délivre,
Voilà ce qu'il me faut ; je voudrais m'affranchir
Du mouvement, du lieu, du temps, du devenir ;
Je suis las, rien ne vaut la fatigue de vivre,
Et pas un paradis n'a de bonheur pareil,
Nuit calme, nuit bénie, à ton divin sommeil.
Louis MÉNARD (1822-1901)
|