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Le vieux coq
Il est blanchi, boiteux sur ses gros éperons.
Ses cris vers le soleil sembleraient des affronts ;
Il est muet ; il est comme un palais qui croule.
Les grains qu’il veut lui sont volés par quelque poule.
Il ne sait d’où lui vient sa langueur ; autrefois
Il éclatait d’orgueil, de splendeur et de voix.
Si chaque soir l’éteint, nulle aube ne l’allume.
On peut voir, tant il est appauvri plume à plume,
Gomme a ces vieux coffrets jetés dans les marchés,
La place sur son cou des joyaux arrachés.
Le cri de ses voisins rétrécit son fief morne.
L’air rougit ; le soleil tombe comme une borne.
Le couchant s’en va seul après lui ; dans l’air gris
Voici le soir informe et les chauves-souris.
L’ombre avec les bergers va des sommets descendre.
Tandis que, secouant une invisible cendre,
S’en vont vers l’arbre creux les poulets pleins d’ennui,.
Ce vieux coq se dégrade au point d’aimer la nuit.
ABEL BONNARD ( 1883 - 1968 )
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