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Mon jardin
C’est un jardin petit comme un mouchoir de poche,
Où le vent vient parfois déposer ses sanglots ;
C’est une île déserte et son espace est clos
Par un mur qui s’effondre, où le lierre s’accroche.
Il est un peu sauvage et rempli d’herbes folles,
Les rosiers ont cédé leur place aux églantiers
Et c’est le hasard seul qui trace les sentiers
Où les fleurs, aux bourdons, entrouvrent leurs corolles.
Ne cherchez surtout pas d’espèces exotiques,
Y pousse uniquement ce qu’apporte le ciel,
Rien qui soit superflu, seulement l’essentiel :
Bleuets, coquelicots, parfois même colchiques.
Si quelques arbrisseaux ont trouvé là leur place,
C’est pour que les oiseaux y construisent leurs nids
Et qu’on puisse écouter chanter tous les midis,
La grive et la fauvette, et le merle, et l’agace.
Travailleurs acharnés, les insectes foisonnent ;
Les fourmis par milliers s’enfoncent dans le sol,
Les abeilles, sans cesse, accomplissant leur vol
De la ruche à la fleur, butinent et bourdonnent.
La chenille affamée avale avec délice
Les feuilles d’une ortie, à son goût semble-t-il ;
Tandis qu’une limace, au palais plus subtil,
Cherchant un potager, dans l’ombre épaisse glisse.
Un écureuil, prudent, grignote une noisette,
Mais il reste aux aguets, se dresse au moindre bruit ;
S’il perçoit un danger, aussitôt, il s’enfuit,
Emportant son repas pour éviter disette.
A l’abri d’un arbuste, une petite mare
Accueille les moineaux venus pour s’abreuver ;
Des crapauds attendant la lune à son lever
Lui donnent en aubade un curieux tintamarre.
Quand la nuit est tombée, une chouette hulotte
Annonce qu’elle est là par ses ululements
Et dans le creux d’un arbre, entre deux ronflements,
Un loir parle en son rêve : on l’entend qui chuchote.
Non, mon jardin n’est pas un parc à la française,
Car les buis n’y sont point taillés avec fierté,
C’est plutôt un fouillis qui sent la liberté,
Un jardin de poète où je respire à l’aise.
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