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Dieu est la cible
Je vais faire un poème sur la guerre. Ce ne sera peut-être pas un vrai poème, mais ce sera une vraie guerre.
Ce que je vais écrire ne sera pas un vrai poème poétique de poète, car si le mot guerre était dit dans un vrai poème, alors la guerre, la vrai guerre dont parlerai le vrai poète, la guerre sans merci, la guerre sans accommodement s’allumerait définitivement dans le dedans de mon cœur.
Car dans un vrai poème les mots portent leurs choses.
Il faut être soi-même et aimer se voir tel qu’on est. Il faut avoir brisé les miroirs menteurs, il faut avoir tué d’un regard impitoyable les fantômes hypocrites. Et cela, c’est le but et la fin de la guerre, et la guerre est à peine commencée, il y a encore des masques à arracher.
Ce ne sera pas non plus une supplication magique, car le magicien demande à son dieu « fait ce qui me plait » et il refuse de faire la guerre à son pire ennemi, si celui-ci lui plait. Et pourtant ce ne sera pas davantage une prière de croyant, car le croyant demande à son dieu « Fais ce que tu veux » et pour cela il a dû mettre le fer et le feu dans les entrailles de son plus cher ennemi.
Je vais essayer de parler de la guerre sainte.
Dans ce vaste silence bardé de cris de guerre, caché du dehors par le fuyant mirage du temps, l’éternel vainqueur entend les voix d’autres silences. Seul, ayant dissous l’illusion de n’être pas seul, il n’est plus seul à être seul.
Dieu est redevenu un acteur de la tension internationale. Au nom d’Allah les extrémistes du monde appellent au Jihad contre les « envahisseurs » de l’Irak. Ces envahisseurs ( les Américains ) vont maintenant se consacrer à une journée de jeûne et à la prière afin d’attirer la protection divine sur les Etats-Unis. Le choc des civilisations est bel et bien en marche avec les religions pour moteur.
Quel retournement de l’histoire !
Le siècle dernier avait cherché à les éliminer. Les nazis en premier et les communistes aussi prétendaient engendrer un homme nouveau ; c’était les nouveaux paradis terrestres que l’un et l’autre proposaient. Dieu était banni !
Que l’on brandisse les étendards de la religion musulmane contre les humiliations subies par le tiers-monde avec comme de bien entendu, les mots d’ordre vengeurs des plus extrémistes, ce monde là trouve maintenant en face de lui un président d’un grand pays qui érige en « croisade » la lutte contre le terrorisme et les pays de « l’axe du mal » en priant quotidiennement Dieu pour la victoire.
Les condamnations répétées de cette « captation » de Dieu par ces religions sont selon moi, de dangereuses dérives.
Dieu est embrigadé, ce n’est pas ce qui pouvait lui arriver de mieux.
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