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Rêve de retour
Et m’horrifiaient les sentiers poudreux où parfois, un crâne de cheval suppliait le passant.
Il regrettait sans doute les pâturages perdus de tes savanes.
Et les enfants morveux marchant pieds nus en quête d’imaginaires filets d’eau, reflet d’un
soleil goguenard sur des asphaltes déridées.
Et je songeais aux femmes inlassables qui, chaque jour, pliaient sous le faix des fagots,
leurs enfants piaillant plus fort que le vautour qui les guette de la cime d’une branche.
Un jour, ils hurleront en chœur : « Barca ou Barsac !».
Et ils s’embarqueront sur des rades de fortunes, auprès des ports de désespoir.
Leurs sorts confiés au gré des houles, ils ne vous jetteront guère un seul regard.
Ma sève, bouillant sous ton soleil tortionnaire, je clamai, jadis, comme eux : « Barca ou
Barsac ! ».
J’avais oublié les flancs doux de tes hanches efflanquées et vastes.
Au cœur de l’hiver, oh ! moi, le forçat aux bras meurtris qui se méconnaissais,
Que j’aie envie de renifler l’humus de tes limons, et d’embrasser les latérites des chemins
sales qui ne mènent nulle part !
Car, contre deux francs, pour nourrir l’appétit des banquiers d’Europe, j’ai pioché à
souffle coupé des terres et asphaltes d’occident, de mes bras nourris de ta sève, Mère.
Je voudrais pourtant marcher une fois encore, au long de tes sentiers fouettés par des
alizés furibonds,
Et laver ma conscience travestie par le boursier aux mares boueuses confiées à tes
flancs.
Et secouer des images de mes années d’errance sur les marnes de l’oubli.
Et reposer mes tempes sur tes cuisses chaudes,
Et, si je devais mourir aujourd’hui, confier mon être à tes bras accueillants et dormir,
dormir sous l’humus mère de toute vie.
Nous qui levâmes des pieds pour des périples lointains, viens libérer nos mains meurtries
des supplices du capital o! Mère miséricorde.
….
…..
Et une voix d’outre-mer de me conspuer !
…..
…...
« Je m’éprends d’un roi qui s’alanguit sous un palmier.
Quand ses consuls s’en vont en affaire pour ses honneurs.
Que des arquebusiers garnissent les mannes d’un maitre absent.
Je m’apitoie de la chair froide du jeune soldat qui nourrit la terre
Sous le houx et la bruyère ,
Un minuscule fanion comme souvenir et postérité.
Son cœur frustre fait les cents pas sous le sépulcre.
Maintenant que la pluie a lavé la poudre de la gueule des canaux;
Que les sueurs ont séché des fronts futurs, on peut rouvrir le passé sans tabou.
Soldat couché d’un silence horizontal,
Vous avez pourtant profané des tombes de votre innocence.
Certes vous avez voulu semer la liberté aux vents du monde,
La hisser sur le mât des consciences.
Mais vous revenez des batailles sans l’épée sous la dague.
Vos balles ne furent que pétales de roses éparses jetées au cœur de l’ennemi;
Votre idéal, à leurs yeux, un mensonge semé comme un parfum aux aisselles des vivants,
Ceux-là qui optèrent pour l’ombre des palmiers et le lait caillé amer des chèvres.
Et la Nation, et le Père qui refusent que d’autres plus qu’eux ne s’enorgueillissent.
Vous ne serez pas l’enfant prodigue !
Votre sang ne tâchera pas alors l’honneur de leurs draps !
Et si vous revenez,- pourvu que vous reveniez-nul tam-tam ne saluera votre présence.
Car les calebasses grosses ont perdu la magie de leurs voies sous les caresses des doigts
hennés.
Soldats, vous ne dormirez pas en paix! »
Mamadou Sene
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