|

DOUTE
Il meurt sur les plus hautes branches
Un dernier rayon de soleil ;
Le couchant sème d’ors étranges
Le feuillage vert et vermeil.
Au ciel pâle d’où le soir tombe,
Sans l’azur gris couleur des eaux,
Glissent comme des éclairs d’ombre
Les ailes vives des oiseaux.
Il sort un profond et doux charme
De toutes ces choses, sans fin ;
Tout est joyeux, apaisé, calme :
C’est la vie, où tout est divin.
Les bruits de la ville lointaine
Par bouffée arrivent vers moi…
Pourquoi soudain mon âme est-elle
Prise d’un indicible émoi ?
Mon Dieu, comme devant les choses
On est ébloui du destin !
Comme on est pareil à des pauvres
Devant un splendide festin !
Comme on t’adore d’un cœur simple,
Comme on te retrouve ici-bas
Partout, dans la vie ample et sainte,
Mon Dieu, qui n’es peut-être pas !
FERNAND GREGH ( 1873 - 1960 )
|