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Pour une méconnue ( GEORGES MARLOW )

le dimanche 04 août 2013, à 22:31. Posté par COLLECTIF (auteur : GEORGES MARLOW)





Pour une méconnue


Toi que je n’aime pas et qui pourtant m’es chère
Pour le stérile amour dont lentement tu meurs,
Pauvre âme si connue et toujours étrangère,
J’apporte ma détresse en offrande à tes pleurs.

Pâle sœur dédaignée, ô vierge taciturne,
Livrée au culte amer des vœux inaccomplis,
J’ai souvent évoqué, sous la voûte nocturne,
Ta jeunesse drapée en ta robe à longs plis.

Pitoyable au chagrin qui rongeait ma pensée,
Tu rougis de ton sang mes chemins ténébreux,
Consacrant sans regret ta tendresse offensée
À la rédemption de mon cœur malheureux,

« Regarde, disais-tu, je t’aime et je suis belle,
Ma vie est une rose éclose sous tes pas…
Ah î laisse-moi t’aimer, mon cher enfant rebelle ! »
Mais je baissais la tête et ne répondais pas.

Des pleurs nuançaient d’or tes grands yeux d’améthyste,
Et, bien que te sachant pour toujours loin de moi,
Tu chantais, exhalant ta céleste âme triste
Dans un hymne d’espoir qui cachait ton émoi.

(Je t’aime… Je suis belle !… » Hélas ! ces mots suprêmes
Sur ta lèvre d’enfant me semblaient étrangers,
Et je te rejetais, plaintive sœur qui m’aimes,
Avec un geste las, tes rêves outragés.

Que m’importait le don d’un ineffable songe
Dont la pure clarté grandissait chaque jour,
Quand mon inquiétude éprise de mensonge
Se plaisait aux tourments d’un dérisoire amour !

Si tes yeux ont pleuré sur moi qui t’ai meurtrie,
Si ton âme a gémi sous mes doigts criminels,
Si j’ai semé d’effroi ta jeunesse fleurie,
Si j’ai marqué ton front de mes baisers cruels,

Si j’ai fui la douceur de ta lèvre bénie,
Si j’ai brisé ton cœur, si je l’ai blasphémé,
Comme toi, j’ai connu cette grâce infinie
Et ce martyre affreux d’aimer sans être aime.

Mes rêves les plus chers, ma force, mon ivresse.
Les merveilleux espoirs qui s’éveillaient en moi,
Tout mon être exultant d’immortelle jeunesse,
Mes chants doux et pieux comme un acte de foi,

Les roses de ma vie et les lys de ma gloire,
Mon amour noble et pur comme un éphèbe Roi,
J’avais tout abdiqué sur l’autel illusoire
D’une enfant dont l’orgueil brûlait le front étroit.

Elle a tout déchiré de sa fine main pale,
Se riant de mes fleurs et narguant ma chanson,
Fière de se sentir la Dalila fatale
Qui raille en l’enchantant le désir de Samson.

Près d’elle, j’ai filé la laine fatidique
Dont elle recueillait les grêles écheveaux,
Pour m’étrangler à l’heure où mon cœur nostalgique
L’aurait voulu mener vers des destins nouveaux.

O volupté de vivre au milieu des larmes !
A ses pieds, bafoué, vilipendé, meurtri,
J’ai bien longtemps chanté sans regretter mes armes,
Heureux de la servir dès qu’elle avait souri.

Mais un soir, mon amour la fatiguant sans doute,
Sans un mot, dans la nuit qui tombait peu à peu,
Elle m’abandonna sur le bord de la route
Où tristement neigeait un clair de lune bleu.

Ai-je souffert loin d’elle ? Hélas ! le sais-je encore ?
Pourquoi j’ai survécu ? Je l’ignore toujours.
Comment après tant d’ombre une nouvelle aurore
Doucement vint fleurir le linceul de mes jours ?

O ma sainte Gardienne effacée et si pure,
Je ne puis te répondre, ayant tout oublié ;
Déjà le souvenir de l’ancienne blessure
Ne vient plus effleurer mon cœur pacifié.

Comme autrefois je chante et je bénis la vie,
Mais ma voix est plus grave, et parfois l’on dirait
Qu’aux bénédictions de mon âme ravie,
Comme un parfum vieilli, se mêle un long regret.

Tu souffres, chère Enfant : j’ai souffert : nos pensées,
Par delà cet amour qui nous brisa tous deux,
Silencieusement et les mains enlacées
Rêvent d’un clair pays où l’on serait heureux.

A quoi bon nous leurrer d’un mensonge fragile ?
Tu m’aimes… Puis-je encore aimer, quand lentement
S’effrite dans mon cœur l’idole aux pieds d’argile
Que tu crois noble, pure, éternelle, et qui ment ?

Poursuivons nos destins : toi, ma sœur, fuis les charmes
De l’amour embusqué sous ton bel avenir :
Prends mon pâle sourire et laisse-moi tes larmes,
Mon sourire, — Ô néant ! — tes pleurs, — ô souvenir !



GEORGES MARLOW ( 1877 - 1939 )




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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
salus le dimanche 04 août 2013, à 22:44
----Beau lyrisme et belles envolées !
Des rimes de choix, (améthyste/âme triste)
Un "détail" - Le désir de Sam son !
(Qui c'est ce Sam ?)
Amitié,
Salus

Collectif le dimanche 04 août 2013, à 23:30

Ok je corrige ...
Amitié

odradek le lundi 05 août 2013, à 10:09
L'amour en pareil inspiration, même attristé, presque irréel, parfois. A se dire qu'on a perdu une clef. Amitié.
http://www.mespoemes.net/odradek

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