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La fille de l'air ( Jules Verne )

le mardi 06 août 2013, à 23:36. Posté par COLLECTIF (auteur : Jules VERNE)







La fille de l'air


A Herminie.

Je suis blonde et charmante,
Ailée et transparente,
Sylphe, follet léger, je suis fille de l'air,
Que puis-je avoir à craindre ?
Une nuit de m'éteindre ?
Qu'importe de mourir comme meurt un éclair !

Je vole sur la nue ;
Aux mortels inconnue,
Je dispute en riant la vitesse aux zéphyrs !
Il n'est point de tempête
Qui pende sur ma tête ;
Je plane, et n'entends plus des trop lointains soupirs.

Je vais où va l'aurore ;
On me retrouve encore
Aux mers où tout en feu se plonge le soleil !
Quand son tour le ramène,
Prompte, sans perdre haleine,
je le joins, et c'est moi qu'on salue au réveil.

Qui suis-je ? où suis-je ? où vais-je ?
N'ayant pour tout cortège
Que les oiseaux de l'air, les étoiles aux cieux ?
Je ne sais ; mais tranquille,
Aux pensers indocile,
Je m'envole au zénith, au fronton radieux !

Parfois je suis contrainte ;
Mais c'est la molle étreinte
De l'amour qui me berce en ses vives ardeurs !
J'en connais tous les charmes ;
J'en ignore les larmes,
Et toujours en riant, je vais de fleurs en fleurs

Vive, alerte et folâtre
De l'air pur idolâtre
Je vole avec Iris aux couleurs sans pareil ;
Souvent je me dérobe
Dans les plis de sa robe
Faite d'un clair tissu des rayons du soleil.

Souvent dans mon courage,
Je rencontre au passage
Une âme qui s'envole au céleste séjour ;
Je ne puis, bonne et tendre,
Lorsqu'elle peut m'entendre,
Ne pas lui souhaiter vers moi le gai retour !

Des échos la tristesse
M'apprend que l'allégresse
Ne règne pas toujours aux choses d'ici-bas,
Et que parfois la guerre
Va remuer la terre.
La faim, le froid, la soif ! qu'on ne m'en parle pas !

Si jadis quelque chose
Me venait ; de la rose
C'était le doux parfum que le vent m'apportait !
Je croyais, pauvre folle,
La rose, le symbole
Du bonheur que la terre à mes yeux présentait !

La terre par l'espace
Dans l'ordre qu'elle trace
Traîne trop de malheurs et de peine en son vol ;
Le bruit souvent l'atteste,
Son spectacle est funeste,
Et certes ne vaut pas un détour de mon col !

Pourquoi m'occuper d'elle,
Je suis jeune, et suis belle ;
Mes lèvres sont de rose, et mes yeux sont d'azur :
A mes traits si limpides
L'honneur mettrait des rides ;
La terre ternirait l'éclat de mon ciel pur !

Parfois vive et folette,
Poursuivant la comète,
Dans l'espace inconnu nous prenons notre essor !
A mon front je mesure
Sa blonde chevelure
Qui traîne dans les airs un ardent sillon d'or !

Lorsque je me promène,
Pour qu'elle m'entretienne,
Pourquoi pas de compagne aux mots doux et vermeils ?
Quoi ! n'en aurais-je aucune ?
Ah ! pardon, j'ai la lune,
L'étoile, la planète, et mes mille soleils !

J'ai quelquefois des anges,
Car leurs saintes phalanges,
Je les suis en priant ; plus prompte que l'éclair ;
Sans leur porter envie,
Je préfère ma vie :
Rien n'est si doux aux sens que de nager dans l'air.

Si le sommeil me gagne,
Ma couche m'accompagne,
Couverte d'un manteau brodé de bleus saphirs ;
Dans les flots de lumière,
Je ferme ma paupière,
Laissant flotter ma robe entrouverte aux zéphyrs.



Jules VERNE (1828-1905)




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commentaires ( 4 ) (Ajouter un commentaire)
SAUVAGET le mercredi 07 août 2013, à 18:09
J'ai eu entre les mains quelques poèmes (accompagnés de dessins bien faits)
absolument inédits de J.V qui m'avaient été remis par Monsieur Yves Guillon, ancien magistrat (dcd depuis longtemps déjà) et président-fondateur des Poètes Classiques Rennais, apparenté
à l'illustre écrivain par sa famille, les Guillon-Verne. Ces documents ont hélas ! disparus lors d'un déménagement. Pour être juste, ils n'avaient pas une grande valeur littéraire, le prosateur étant nettement meilleur que le poète. Mais c'est dommage ne serait-ce qu'à titre de curiosité et parce qu'ils révèlent un côté intéressant et insoupçonné de l'auteur. Qui maîtrisait tout à fait la technique poétique. Comme le trouve d'ailleurs le poème ci-dessus que, pour ma part, je trouve accompli et romantique à souhait
. J'aurais aimé que ce côté poétique de J V soit davantage reconnu. Merci , amis, pour cette contribution


Collectif le mercredi 07 août 2013, à 22:25

Merci pour cette intervention appréciée.
C'est le deuxième poème de Jules Verne que nous mettons en ligne.
Amitié

odradek le mercredi 07 août 2013, à 22:58
Et c'est une excellente idée, je ne connaissais pas ce côté de l'auteur. Amitiés. Vous apportez une bien belle contribution à ce site.
http://www.mespoemes.net/odradek

salus le jeudi 08 août 2013, à 12:25
----
Jules Verne, bon poète !
C'est, si je ne me trompe le deuxième
que tu nous passes, le premier - que je préfère -
étant un remake excellent du non moins excellent
"Les Djinns" de monsieur Victor Hugo, qui, reconnaissons-le, le surpasse !
Merci pour ces trouvailles !
Amitié,
Salus


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