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Qu’il est long le chemin qui mène au potager !
Se disaient en glissant dans la nuit deux limaces,
Surmontant la terreur de tomber dans les nasses
De quelque prédateur. Ne faut-il pas manger ?
Le hérisson goulu ne rechigne jamais
A faire son régal de ce gastéropode
Et même le renard souvent s’en accommode
Quand il ne peut trouver plus délicieux mets.
Mais qu’importe cela! Faisant fi du péril,
Elles vont conquérir ces lieux alimentaires
Et montent en bavant à l’assaut des parterres
Tout couverts de rosée en ce matin d’avril.
Elles croisent en route un troupeau d’escargots :
« Le bruit court que l’on teste un nouveau pesticide ;
Surtout ne goûtez rien ! Ce serait un suicide. »
Chacun sait que ces fats colportent des ragots !
« Nos conseils ont pour but d’éviter les ennuis :
Si jamais vous touchiez à la jeune laitue,
Il pourrait avenir que cette herbe vous tue !
Nous vous en conjurons, boycottez ces produits ! »
N’écoutons surtout pas ces propos filandreux
Car ces fieffés coquins ont du fiel sur la langue !
Ils voudraient simplement, faisant cette harangue,
Que nous n’en mangions pas… et tout garder pour eux.
Quelques mètres plus loin s’ouvre le paradis :
D’avoir fait tant d’efforts, voici la récompense !
Leur unique désir est de remplir leur panse
De feuilles de chicon, de panais, de radis.
Bien sûr ce qui devait arriver arriva,
Elles eurent d’abord des douleurs néphrétiques,
Et des maux dont les noms sont fort peu poétiques !
La jeune s’en remit mais la vieille creva.
Alors, la survivante en son for décida
D’introduire une plainte au Conseil de l’Europe,
Espérant émouvoir un juge philanthrope ;
Mais celui-ci lui dit : « Me croyez-vous fada ?
Ce n’était qu’un mollusque inutile après tout !
Il n’était pas le seul, bien d’autres sont malades ;
Pourquoi donc, pour si peu, faire tant de salades ?
De telles nullités, on en trouve partout !
L’argent et le pouvoir ont la priorité !
Voulez-vous donc la mort de notre Économie ?
Voyons ! De la Science, êtes-vous l’ennemie ?
L’individu vaut moins que la Société ! »
Notre limace alors, jura, mais un peu tard,
Qu’on ne l’y prendrait plus (grand merci La Fontaine !),
Releva le défi sans ménager sa peine,
Et de l’écologie, elle fit tout un Art.
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