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Le lion et le corbeau

le lundi 26 août 2013, à 11:38. Posté par Pierre


    Un jour, le roi Lion vint à manquer d’argent,
    Ce fait est fort honteux et même dérangeant
    Surtout lorsqu’on est un monarque !
    Il manda son Conseil, digne fils d’Aristarque,
    Et tint à peu près ce discours :
    – Il m’est peine de voir l’état de ma cassette ;
    Des taxes, des impôts, où donc est la recette ?
    Tous mes ministres sont-ils sourds ?
    Ce n’est point trop, Monsieur, je pense,
    Que de vous réclamer mon dû !
    Faudra-t-il donc que je vous tance ?
    Ne m’avez-vous point entendu ?
    Ah ! je vous vois ici placide
    Alors que mon Trésor est vide,
    Est-ce qu’il vous plairait de me mettre au tombeau ?
    – Sire, il est vrai, dit le Corbeau,
    Que nous connaissons aux Finances
    Pour l’instant des difficultés,
    Un manque de liquidités
    Pour faire honneur à vos dépenses ;
    Et nous pensons qu’il conviendrait
    De les réduire tout d’un trait…
    – Monsieur, de tels propos, je ne puis les comprendre !
    Il me déplaît de les entendre
    De la bouche d’un serviteur.
    Se pourrait-il que mes ministres
    Soient devenus de simples cuistres,
    Manquent à ce point de hauteur ?
    Je vais leur accorder une ultime ressource :
    Je veux – vous entendez ? – je veux
    Qu’ils satisfassent à mes vœux…
    Et qu’ils alimentent ma bourse.
    Mais s’ils ne veulent obéir,
    Pour sûr, à la moindre vétille,
    Ils finiront à la Bastille.
    – Oh ! Sire, il n’est pas bon de vouloir les punir,
    Car ils ne sont pas responsables
    Si les manants sont incapables
    De payer la dîme à l’État.
    Ils sont – j’en ai fait le constat –
    Comme tout un chacun, victimes de la crise.
    – Diantre ! Il ne me chaut de cela,
    Car ma décision est prise.
    Telle est ma volonté, dès lors, acceptez-la.
    – Oh ! j’entends bien votre réplique,
    Veuillez, je vous en prie, écouter ma supplique :
    Majesté, votre peuple a faim ;
    Il n’est pas un seul jour qui passe
    Sans qu’un pauvre homme ne trépasse…
    – Monsieur, allez-vous mettre fin
    À d’aussi longues litanies ?
    Il suffit de vos avanies !
    Le peuple est semblable aux troupeaux
    De bêtes moutons qu’il faut tondre,
    Il est tout couvert d’oripeaux
    Qu’avec la fange on peut confondre.
    Si je voulais les écouter
    Il pourrait fort bien m’en coûter
    Car ces gueux se paieraient ma tête
    Et ce serait un jour de fête.
    Levez des impôts et taxez,
    Nous n’en aurons jamais assez !
    Moralité :
    Qui prend conseils comme comptine
    Voit poindre au loin la guillotine.

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commentaires ( 9 ) (Ajouter un commentaire)
domidom le mardi 27 août 2013, à 15:12
Voilà un conte bien enveloppé, Monsieur De La Fontaine n'aurait pas fait mieux...
Un grand bravo monsieur Pierre, j'ai lu et relu avec un immense plaisir....
Amitiés, Domie....

odradek le mardi 27 août 2013, à 17:32
Conte qui au bout du compte, mais de quel compte parlons-nous? Belle morale, mais eux à part être destituer, ils ont réussi, abstraitement s'entend, à faire courir la guillotine parmi le peuple. Bon, rien de nouveau, mais ils n'encourent aucun risque, c'est la danse des p'tits ch'veaux des élections. Un bon conte qui m'appelle à en (re)lire Amitiés.
http://www.mespoemes.net/odradek

belespoirs le mercredi 28 août 2013, à 09:10
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http://www.mespoemes.net/belespoirs
une belle Fable monsieur Pierre ! a lire et relire ! j'ai beaucoup aimé
Amitiés

Anto le mercredi 28 août 2013, à 10:48
Bel écrit. Dans le même vers libre que La Fontaine et d'une meilleure prosodie quant à la richesse des rimes (mis à part une "contre-partie/Bastille" étonnante - bien que la Bastille soit nécessaire au récit. Il me semble, en outre, que contrepartie s’écrit d’un seul mot.). Bon choix d'animal pour le Lion en Louis XVI ruiné par son soutien à l’indépendance des Etats-Unis, et du corbeau en habits noirs comme éminence grise incarnant le bon sens.
L'évocation de "la crise" (vers v41) transpose enfin dans l'actualité cette fable au gout d'Histoire en rappelant que celle-ci pourrait être un éternel recommencement.
Le ton est frais, les dialogues ciselés et dénués de toute préciosité qu’aurait pu causer l’adaptation au registre d’antan. Bref, un écrit original, pour un bon moment de lecture.

Nemo le mercredi 28 août 2013, à 15:23
Merci à tous d'être passés.
@ Anto.
contre-partie : le Littré le reconnaît, mais le dictionnaire de l'Académie n'accepte pas le trai d'union, effectivement ; je vais donc modifier.

Comme vous le dites, la Bastille est indispensable. J'ai beaucoup cherché et n'ai pas (encore) trouvé de mot qui convienne au sens et qui puisse rimer. Si vous avez une idée, je suis ouvert à toute proposition.
Je vous remercie de votre lecture attentive.
Au plaisir,
Pierre.

Anto le jeudi 05 septembre 2013, à 17:34
-Je sais que ces rimes ie / ille sont utilisées par Appoliniare , on en trouve dans "Marie", mais il se détache nettement du classique avec des rimes singulier/pluriel et autres écarts que, manifestement, vous ne suivez pas.
En idée, j'aurais peut-être joué sur "bonne fille", qu'on use parfois avec la République. ---
http://www.mespoemes.net/anto

nemo le vendredi 06 septembre 2013, à 08:13
@Anto.
contrepartie/Bastille est effectivement une faiblesse que j'aurais souhaité éviter.
Je me suis retranché derrière le fait que les rimes utilisant des noms propres ne sont pas toujours respectées (je pense à Hugo et Baudelaire), mais ce n'est pas une bonne excuse car eux sont des Grands qui peuvent se le permettre.
Je vais réfléchir à votre proposition.



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http://www.mespoemes.net/nemo

nemo le mercredi 11 septembre 2013, à 17:40
@Anto : vétille / Bastille
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http://www.mespoemes.net/nemo

Anto le dimanche 15 septembre 2013, à 10:16
Excellent ! Mot peu commun en plus (surtout au singulier), et sans doute plus employé aux temps du récit. Soigner un texte peut prendre des mois, malheureusement on a tous l'inclination de les publier vite.

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