Thierry Demercastel ( poésie )

 

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Elle a ce presque rien d’ennui

le dimanche 22 septembre 2013, à 11:51. Posté par AGRIPPA


    Elle a ce presque rien d’ennui, immobile, en son marbre blanc, aux vents des jardins trainant les saisons.
    J’aime la regarder au soir venu ; ainsi la solitude se fait plus sage.
    En son éternelle pose, bien plus que nue, elle montre son âme, son cœur semblant battre sur ses tempes roses.
    Quels songes t’emprisonnent ? Est-ce ce rêve fou dont le temps consume l’ardeur, ces amours qui toujours durent, dont toi seule connait les dessins ?
    Ce soir j’ai mis un piano lent au sillage de mon regard.
    L’entends-tu étourdir le silence et danser comme les brumes d’octobre ?
    Il fait si froid tout à coup et ton visage est si pâle qu’il en retient les sanglots de la nuit.
    Dis-moi, où serons-nous demain, dans ses bras d’insomnie, quand le jour ouvre les fenêtres de l’éphémère.
    Te rappelleras-tu des nuages qui mettaient les voiles, chargés de rêves, de ce passant sans regard qui, de ses pas, martelait le temps. Te rappelleras-tu de nos ombres enlacées, ces filles de l’oubli se perdant à jamais, les plaintes incessantes du vent écartelées sur tes flancs nus. Je reviendrai, sois en sûre, à la dernière gorgée de vie ; tu seras toujours là, enfouie en tes rêves, te moquant du temps qui toujours va. Je reviendrai consolé enfin, sur ta couche épouvantant nos automnes, peu importe l’heure, au diable toutes les horloges, l’aube remplie de mensonges, ce crépuscule portant tous les deuils. J’irai vers un dernier écueil, ma tombe sera la blancheur de tes reins, le velours de ta poitrine, tes lèvres baignées de fièvre où se mire le désir. Je reviendrai pour une étreinte, sous des pilastres de lune, à la morsure de ta bouche. Tu gémiras, absente, mais je t’entendrai, je t’entendrai comme la vague et son écume, O extase, qu’importe notre temps vêtu de haillons, qu’importent nos vertus, nous serons bien plus que morts, nous serons vivants.

    02/09/13


    Marbre de Jean-Baptiste Auguste Clésinger

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commentaires ( 8 ) (Ajouter un commentaire)
armandstas18 le dimanche 22 septembre 2013, à 17:15
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http://www.mespoemes.net/armandstas18 que de belles images te suggère cette belle statue, que de rêves, que de désir, que de chants fous, que de rêves inassouvis; c'est très beau, magnifiquement écrit; je suis heureux de t'avoir retrouvé, thierry! amitiés, armand

Agrippa ( Thierry Demercastel ) le dimanche 22 septembre 2013, à 18:00
Merci Ami de poésie....

José le dimanche 22 septembre 2013, à 19:01
Une prose poétique magnifique...
Elle dévisse au plus profond de deux âmes qui tutoient parfois la damnation, mais le plus souvent et finalement enlace la béatitude.
Très heureux de te retrouver Thierry.
Amitiés.

bluegirl le dimanche 22 septembre 2013, à 21:34

Je la vois bien plus que nue, et si pale. J'entends le piano, l'insomnie est là, et vous êtes bien plus que vivants, pour sur.
-"Et le rêve", me chuchote l'ennui...
- Chut !
...
Amitiés.

Ivy le lundi 23 septembre 2013, à 11:05
Un très beau texte en effet Thierry.
Je crois que José a tout résumé dans son commentaire
Amitiés
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http://www.mespoemes.net/worrell02

domidom le lundi 23 septembre 2013, à 11:47
Un texte sublime...
(Dis moi, où serons nous demain...Etc...etc...)...
Éternelle question, à laquelle personne ne peut répondre...
Un réel plaisir....
Amitiés, Domie...

Agrippa ( Thierry Demercastel ) le lundi 23 septembre 2013, à 20:14
Merci à vous...Amitiés

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mercredi 25 septembre 2013, à 05:52
Bonjour, Thierry. Un peu de retard à te lire.....
De la poésie en prose......ce n'est pas ton habitude. Mais pour m'y risquer parfois, l'exercice est plaisant et pour moi le résultat est presque le même s'il y a l'émotion. Les femmes de marbres, "déesses et immortelles" comme dirait Baudelaire, sont intemporelles, amoureuses pour l'Eternité. Le temps est suspendu et passe sans emprise sur leur corps blanc figé à jamais, doux et froid à la fois.....
J'adore quelques unes de tes expressions dont ton "notre temps vêtu de haillons". Amitiés Thierry. Philip.

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