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Épître à mes amis ( François Villon )

le jeudi 10 octobre 2013, à 17:10. Posté par COLLECTIF (auteur : François Villon)






Épître à mes amis



Ayez pitié, ayez pitié de moi,
A tout le moins, s'il vous plaît, mes amis !
En fosse gis, non pas sous houx ne mai,
En cet exil ouquel je suis transmis
Par Fortune, comme Dieu l'a permis.
Filles aimant jeunes gens et nouveaux,
Danseurs, sauteurs, faisant les pieds de veaux,
Vifs comme dards, aigus comme aiguillon,
Gousiers tintant clair comme cascaveaux,
Le laisserez là, le pauvre Villon ?

Chantres chantant à plaisance, sans loi,
Galants riant, plaisants en faits et dits,
Coureux allant francs de faux or, d'aloi,
Gens d'esperit, un petit étourdis,
Trop demourez, car il meurt entandis.
Faiseurs de lais, de motets et rondeaux,
Quand mort sera, vous lui ferez chaudeaux !
Où gît, il n'entre éclair ne tourbillon :
De murs épais on lui a fait bandeaux.
Le laisserez là, le pauvre Villon ?

Venez le voir en ce piteux arroi,
Nobles hommes, francs de quart et de dix,
Qui ne tenez d'empereur ne de roi,
Mais seulement de Dieu de paradis ;
Jeûner lui faut dimanches et merdis,
Dont les dents a plus longues que râteaux ;
Après pain sec, non pas après gâteaux,
En ses boyaux verse eau à gros bouillon ;
Bas en terre, table n'a ne tréteaux.
Le laisserez là, le pauvre Villon ?

Princes nommés, anciens, jouvenceaux,
lmpétrez-moi grâces et royaux sceaux,
Et me montez en quelque corbillon.
Ainsi le font, l'un à l'autre, pourceaux,
Car, où l'un brait, ils fuient à monceaux.
Le laisserez là, le pauvre Villon ?



François VILLON (1431-?)




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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
salus le jeudi 10 octobre 2013, à 18:52
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Premier rossignol de la France !
Fabuleux poète, certainement infréquentable, prodige d'inventivité
musicale et littéraire, d'une modernité absolue !
Prenons, poètes, prenons-en de la graine !

salus le jeudi 10 octobre 2013, à 20:02
----
...Je m'en reviens de compulser quelque grimoire, suite à un doute qui me rongeoit !
Comme souventement, hélas ! dans cette version, l'orthographe a été actualisée !
Fi des jocrisses traducteurs et de leurs inconvenantes libertés !
(Mon ire, cher Collectif, tu l'auras compris, ne te vise en aucune façon !)
Moyenâgeuses amitiés,
Salus

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