Aux bords de tes yeux

 

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Matthieu ( extrait )

le mercredi 11 décembre 2013, à 10:42. Posté par Vincent


    La nuit cède la place peu à peu, la clarté prend ses quartiers. L'obscurité s'en va vers d'autres lieux, bercer d'autres enfants et leur conter, à voix basse, des histoires merveilleuses . Matthieu, sur le seuil, ferme la porte . Ses yeux accompagnent les dernières étoiles , qui, en une nuée pale , se dérobent. Il les salue d'un sourire, ajuste son béret, sa journée commence  ! Cantonnier de son état, Matthieu est un homme ordinaire. Trapu, moustachu, il est vêtu d'un pantalon et d'une veste de velours à grosses cotes .Ses mains vieillies par le travail, gardent une douceur particulière, rudes à la tache, tendres , précises comme des mots dessinés. Il pourrait figuré dans l'almanach, à la rubrique «  les hommes de nos campagnes » C'est un être effacé, quelque peu secret, au caractère trempé, sans malices, aux gestes économes mais justes, intègre dans le discours,impartial et rigoureux dans les actes.

    Le temps est à la neige, ça sent le flocon ! Lâche t il d'un ton rieur !

    Ses préoccupations sont autres. Le bourg, c'est sa vie, il en est l'âme, le narrateur. Artisan de la pierre, amoureux du bois, des essences d'ici dures et nobles, il façonne sans casser, construit sans détruire, nourrit sans appauvrir, ajustant avec minutie, les lieux et les couleurs. Il peint les humeurs, habille les tristesses et sèche les chagrins. C'est une passion discrète qui le lie aux ruines du château, aux rues basses, à cette terre où fleurissent les cailloux, les cascades et les brumes matinales. Mathieu est de ce pays où l'on s'enivre des richesses du cœur, pour oublier la cruauté du lendemain. Il aime ce vent s'engouffrant entre les cimes, mélangeant les odeurs d'un matin, de la châtaigne et du safran.
    Inspirant profondément, son regard sur ce paysage engourdi, il sourit comme un «  bonjour » à cette nature apaisée. Un brouillard sombre s'accroche ici ou là, laissant un peu de répit aux paresseux. La gelée couvre , encore pour un moment, les pavés, l'herbe et les grands arbres. Le soleil, lentement, exhibe ses reflets roux , le jour avance, il est temps !
    Son bâton de marche en main, il arpente les ruelles mal éclairées, d'un pas lent et curieux, s'attardant sur une barrière mal fermée, un trottoir dégradé. Il note, scrupuleusement chaque trace, chaque dommage laissé par les saisons ou la météorologie Rien n'est oublier et tout sera remis en état au plus vite. Sur la place de l'église, il s'arrête, le temps de rouler sa première cigarette. Dans sa boite de métal, au décor passé, un tabac étrange, aigre et épicée, souvenir d'un pays lointain........, il y a si longtemps pense t il en la refermant.


    Philippe De Frémonpré
    ( Au delà de l'innocence )
    http://www.lesyeuxclos.fr

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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
domidom le mercredi 11 décembre 2013, à 11:15
Quel beau texte.....
Il y a bien longtemps que les cantonniers ne parcours plus les ruelles des villages, en fermant les yeux, j'ai souvenir de notre brave cantonnier, toujours le mégot aux coins des lèvres, je le revois, la faux à la main, coupant les herbes folles des talus...
C'était un autre temps, mon Dieu, qu'il faisait bon vivre...
Amitiés, Domie...

vs591 le mercredi 11 décembre 2013, à 13:06
---- Merco Domi pour ce commentaire, il y a une suite à lire sur mon blog à ta convenance !
Si vous présentiez mes hommages à votre fille j'en serai heureux !

Que le bonheur vous guide !

http://www.lesyeuxclos.fr

vs591 le mercredi 11 décembre 2013, à 13:07
---- Merci et non Merco désolé !


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