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Un tout petit garçon
cheveux couleur de blé
assis au bord d’un lac
un tout petit garçon
paumé comme la mort
qui joue avec l’oiseau
avec la libellule
assis au bord d’un lac qui essaie de sourire
et qui pense à son père
cheveux couleur de blé
le bout des pieds dans l’eau
qui appelle son père
et regarde le ciel
et regarde la mort
qui a loin emporté celui-là qu’il appelle
celui qui n’est pas là
et ne sera plus jamais là.
Alors le tout petit garçon
sent tout le poids de la solitude
qui l’écrase et le pousse dans le lac
et le lac l’appelle et ouvre grand ses bras
il s’y serait jeté
il s’y serait noyé
mais le voilà troublé par tous ses camarades
ceux qui ont des papas
des maisons des autos
des mamans
et la télévision et le chien et le chat
le sourire d’un père
et l’amour d’une mère.
Et sous les cheveux blonds se lève la tempête
une grosse tempête plus grosse que l’enfant
une musique étrange
une impression de mort une impression de vide.
Un tout petit garçon
assis au bord d’un lac
dissimule ses larmes
et il se met à craindre
que ce pourrait paraître
tant il ressent si fort son cœur qui l’envahit
et son sang qui bouillonne, et file dans ses veines.
Mais non
ils sont partis, et il les croyait là.
Il n’y a personne à gauche
il n’y a personne à droite
personne derrière devant ni au-dessus
sinon les libellules
les poissons les oiseaux
personne
se dit le tout petit garçon
cheveux couleur de blés
le bout des pieds dans l’eau
assis au bord du lac.
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