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Ballade ( Antoinette DESHOULIÈRES )

le lundi 24 mars 2014, à 16:23. Posté par COLLECTIF (auteur : Antoinette DESHOULIÈRES )




Ballade



À caution tous amants sont sujets :
Cette maxime en ma tête est écrite.
Point n'ai de foi pour leurs tourments secrets ;
Point auprès d'eux n'ai besoin d'eau bénite,
Dans coeur humain probité plus n'habite
Trop bien encore a-t-on les mêmes dits
Qu'avant qu'astuce au monde fût venue ;
Mais, pour d'effets, la mode en est perdue :
On n'aime plus comme on aimait jadis.

Riches atours, table, nombreux valets,
Font aujourd'hui les trois quarts du mérite.
Si des amants soumis, contents, discrets,
Il est encor, la troupe en est petite :
Amour d'un mois est amour décrépite.
Amours brutaux sont les plus applaudis.
Soupirs et pleurs feraient passer pour grue ;
Faveur est dite aussitôt qu'obtenue,
On n'aime plus comme on aimait jadis.

Jeunes beautés en vain tendent filets ;
Les jouvenceaux, cette engeance maudite,
Font bande à part ; près des plus doux objets,
D'être indolent chacun se félicite.
Nul en amour ne daigne être hypocrite ;
Ou si, parfois, un de ces étourdis
À quelques soins s'abaisse et s'habitue,
Don de merci seul il n'a pas en vue ;
On n'aime plus comme on aimait jadis.

Tous jeunes coeurs se trouvent ainsi faits.
Telle denrée aux folles se débite,
Coeurs de barbons sont un peu moins coquets ;
Quand il fut vieux le diable fut ermite,
Mais rien chez eux à tendresse n'invite ;
Par maints hivers désirs sont refroidis ;
Par maux fréquents humeur devient bourrue.
Quand une fois on a tête chenue,
On n'aime plus comme on aimait jadis.

ENVOI

Fils de Vénus, songe à tes intérêts ;
Je vois changer l'encens en camouflets :
Tout est perdu si ce train continue.
Ramène-nous le siècle d'Amadis.
Il t'est honteux qu'en cour d'attraits pourvue,
Où politesse au comble est parvenue,
On n'aime plus comme on aimait jadis.



Antoinette DESHOULIÈRES (1638-1694)





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commentaires ( 4 ) (Ajouter un commentaire)
salus le lundi 24 mars 2014, à 17:49
----
Peut me chaut la jolie Antoinette et sa poésie de salon ! Cependant, on doit à sa prosodie parfaite de respecter le texte :
au septième vers on lira "au monde"
plutôt "qu'au inonde" (?)
(La toile est un foutoir immonde !)
Salut, et surtout, continue à nous abreuver ! (car, si la toile est immonde, elle est aussi stock - et féconde !) Merci, Cher Collectif !
Salus

Collectif le lundi 24 mars 2014, à 23:44
Merci à toi, et à ton œil redoutable d’efficacité.

rivaudais le lundi 24 mars 2014, à 23:46
----Je me régale quand je le peux de ces lectures d'auteurs passés que je découvre ; que j'apprécie toujours, qui m'émeuvent parfois, que j'admire souvent et qui tous m'apprennent et m'enrichissent l'esprit. Oui, merci cher Collectif. parfoisredécouvrehttp://www.mespoemes.net/rivaudais

rivaudais le lundi 24 mars 2014, à 23:49
Précision : redécouvre plus souvent que je ne découvre mais le plaisir et l'intérêt dans les deux cas est intact Merci encore.----
http://www.mespoemes.net/rivaudais

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