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Te souviens-tu ? Ninon, comme on était heureux,
Nous avions la fraîcheur de nos coeurs généreux ;
J’étais si jeune encore et toi déjà si belle
Dans le froufrou soyeux de ta robe en dentelle.
Nous faisions, dans les champs, la chasse aux papillons
Et tes rires couvraient le cri-cri des grillons ;
Parfois, sous le baiser d’un moment de folie,
Ton visage prenait le teint de l’ancolie.
Oh, bien sûr, j’ai connu tous les faux paradis,
Les frissons des ébats de plus en plus hardis,
J’ai goûté les saveurs des amours éperdues,
Le feu des passions et des lèvres mordues.
Mais aujourd’hui, Ninon, que la nuit va venir,
Quand je ferme les yeux, mon plus doux souvenir,
C’est ton visage aimé, du temps de notre enfance,
De cet âge où, tous deux , nous n’étions qu’innocence.
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