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Une brume épaisse a recouvert les champs,
Son voile cendré flétrit le matin gris
Qui n’est agité d’aucuns bruits, d’aucuns cris :
Même les oiseaux n’osent lancer leurs chants.
Le froid jette au sol une poudre d’argent,
Accroche à la feuille une perle nacrée,
Mais fleure la mort car le décor qu’il crée,
Immobile et nu, force un monde indigent.
Quel chef-d’œuvre étrange ! On croirait un lavis
Que Victor Hugo dessinait en poète ;
Doré, quant à lui, par sa pointe parfaite,
En eût fait un trait qui nous aurait ravis.
Le temps, semble-t-il, a suspendu son vol,
Exauçant le vœu si cher à Lamartine ;
Au gel s’est figé, le ru qui serpentine,
Et nul n’entend plus le toc-toc du torcol.
Mais, soudainement, venant des bords du lac,
Monte crescendo l’aria d’une grive
Qui clame alentour que le soleil arrive,
Pure comme un air de Jean-Sébastien Bach.
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