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Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime
Paul Verlaine - Mon rêve familier
Je fais souvent ce rêve
Étrange et pénétrant,
Une vision brève
Qui toujours me surprend :
Quand le nuit m’emprisonne,
Et que le minuit sonne,
Un ange m’apparaît
Sous les traits d’une femme,
Et cet être secret,
Oh oui ! c’est vous, Madame !
Vous qui depuis toujours
Illuminez mes jours.
L’aura qui vous englobe
Donne un ton safrané
Aux plis de votre robe,
Un charme suranné
A vos gants de dentelle ;
Vous tenez une ombrelle
Et, vous tournant vers moi,
Vous m’offrez un sourire.
Figé, dans mon émoi,
Je reste sans mot dire.
Et cependant mon cœur
Déborde de bonheur.
La lumière irréelle
Qui, de vous, émanait,
Vous dessinait si belle :
On eût dit un Manet
Donnant de son modèle
Une image fidèle.
Mais ce tableau charmant
N’était-il qu’un mensonge,
L’illusion d’un moment
Qu’au réveil on prolonge ?
D’un attrait zéphyrien
Il ne resterait rien ?
Au fond de moi, j’espère
Que mon rêve si doux
N’est pas une chimère.
Ô Madame, avec vous,
Aurai-je cette chance ?
Offrez votre présence
Et votre troubadour
En fidèle Cassandre,
Sur la rive d’Amour,
S’en ira vous attendre.
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