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J'aurais voulu mes mots en habits du dimanche,
J'aurais voulu les voir jouer sur des tréteaux
Ou s'étaler, bronzés, impudiquement beaux,
Les faire miroiter au soleil des vacances.
J'aurais voulu mes mots fringants, faisant la fête,
Dansant le menuet comme d'anciens marquis.
J'aurais voulu !... Mes mots ?.. Ils sont las et meurtris,
Pauvres soldats vaincus qui portent leur défaite.
Mes mots, mes pauvres mots, travaillent en usine,
Calleux, crasseux, graisseux, merdeux, poudreux, brûlés !
Ils sont en salopette, ils sont durs, ils sont vrais.
Mes mots, mes pauvres mots, sont soumis aux machines.
Ils ont été créés par la vie ouvrière
Et portent aussi l'odeur du lisier sur les champs.
Mais ils savent encor s'élever par le chant.
Ils sont pleins de saveur s'ils n'ont pas la manière.
Mes mots ! Mes mots à moi sont enfants d'hypothèques.
Loin des salons bourgeois où s'arrête le temps,
Ils vont de ville en ville affréter le printemps
Pour livrer l'univers à vos bibliothèques.
La vie est une guerre où jamais nul ne gagne.
Quand les mots sont trop vieux, la langue est en péril.
C'est en vain que l'écrit peut vaincre le fusil,
La langue franque meurt, suit celle de Bretagne.
Il lui manque le sang hardi de nos provinces,
Le basque , l'occitan, les parlers de pays,
Le breton, le flamand et les morceaux choisis
Des dialectes locaux, de l'argot vert et prince.
Et vous, Les Beaux Messieurs, membres d'académies,
Savants et professeurs détenant le savoir,
Industriels, richards, vous tous gens de pouvoir,
Sans cesse disposés à parler d'infamies,
Vous êtes assassins ! Je ne suis qu'incapable.
Où sont les clairs matins qui chantaient l'avenir ?
En vain vous ressassez vos très beaux souvenirs,
Pour n'avoir pas compris, vous êtes tous coupables !
Comment feront-ils donc demain pour s'affirmer,
Quand nos petits enfants PENSERONT en anglais ?
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