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La lampe (écrit en décembre 1938)
L'ennui tombe sur moi comme un lourd crépuscule.
Ma chambre est pleine d'ombre et mon coeur est désert.
Espoirs, regrets, désirs, tout est mort ! et dans l'air,
Je ne sais quoi de morne et de glacé circule.
Mon âme, où tout le deuil des choses s'accumule,
Tremble devant le soir, d'un grand frisson amer.
L'horizon a sombré dans la brume d'hiver.
On dirait que la vie, incertaine recule.
Je vais mettre très haut ma lampe et ma pensée,
Pour que, si quelque ami, passant sur la chaussée,
Vers mon humble logis vient à lever les yeux,
Ou bien si quelque rêve égaré dans les cieux,
Cherche, pour s'y poser, une âme triste et tendre,
L'ami songe à monter, et le rêve à descendre.
Mon front trop lourd s'incline et je suis las d'attendre.
Voici que le jour point ; ma lampe va mourrir.
Ils ne sont pas venus, ceux qui devaient venir.
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