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Au Vertige de l'Âge.
…..Et l'Âge incessamment coule en nous, hors de nous, son Vertige,
Sa Loi, l'Impensé de son Sens, nous traverse et nous courbe et dévale
Son cours, un tournoyant Cortège, son Abîme, son Gouffre, roule la
Boue et le Limon du Monde, les Millénaires, le Sable des Années, la
Terre et la rocaille, les branches et les feuillages morts et le Reflet des
Nuages fuyants, les Vivants vers la Mort, les Rêves et les Corps, les
Instants et les Jours, incessamment porte et emporte, engendre et
Engloutit, étangs, marais, méandres, tourbillons de son Change,
Défait et sédimente, ajointe et désajointe, nous sommes au Vertige de
L'Âge.....
Folie du Vivre, Tyrannie des Besoins, Désordre des Passions, Fantasmes
De l'Esprit, Savoir, Avoir, Pouvoir, Vouloir, nous savons mal, en Vérité,
Ce que nous désirons, à l'Infini, à nous-mêmes infiniment insus, au
Vertige de l'Âge, infiniment anciens, infiniment enfants, Ô être comme
des Dieux !.....Le Secret des Provenances et du Vivant-Mortel s'ébruite,
Se tait en toutes choses, en nous, signes indéchiffrables et nous
Submerge, nous enveloppe, insaisissable, nous accompagne comme
Notre Ombre, brèves Vies et jusque dans l'Eternité de la Mort. Nous
Sommes à la Folie du Monde......
Il n'est donné que d'entrevoir ce qui nous tient et nous emporte, sous
La Visière du front et par la brèche des Paupières, des Lambeaux de
Réel et d'Irréalités, morceaux cousus du Voile dont se recouvrent
L'Origine et la Fin, il n'est donné que le Pressentiment de la Totalité
Des Mondes et de l'Entièreté de l'Être, il n'est donné que la Pénombre
Qui empêche et protège de l'Eblouissement, il n'est donné que ce Corps
Malhabile et cette Chair ouverte aux Blessures, au Vertige de l'Âge, il
Ne sera donné que le Secret d'éphémères Tendresses entre Corps qui
Se cherchent, Forêts, Déserts, Collines où l'Amour se demande et se
Perd. Nous sommes à la Pénombre de l'Amour.....
Du Fond des Mondes où nous avons Demeure d'Exil, d'Esseulement,
Il monte des Rumeurs immémoriales presque inaudibles, du Fond des
Âges, ces Paroles et ces Cris déchirés à quoi répondent nos Paroles et
Nos Cris, Fragments obscurs de Sauvagerie et d'Amour en quête de
Pensable et d'Amicalité, Chants de Mystère et de Mort, Mélodies des
Lointains que nous sommes, Rêves d'Impérissable, d'impossible
Lumière, en attente du Signe de tous les Signes, en attente du Nom
Pour tous les Noms que le Sable et l'Oubli ont déjà recouverts au
Vertige tumultueux de l'Âge.....
Nous sommes à ce qui doit périr.....
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