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De la bienfaisance et de la reconnaissance

le jeudi 19 février 2015, à 18:30. Posté par COLLECTIF (auteur : Jacques Delille)





    De la bienfaisance et de la reconnaissance.


    Deux déités, qui de leur main féconde 
    Versent la paix et le bonheur au monde, 
    Servant dans ses desseins le dieu de l'univers, 
    Joignent d'un double nœud tous les êtres divers ; 
    C'est toi, divine Bienfaisance ! 
    C'est toi sa digne sœur, tendre Reconnaissance ! 
    Grâce à ces deux divinités, 
    Des services rendus, des bienfaits acquittés, 
    L'esprit social se compose : 
    Tout se tient dans le monde entier. 
    Voyez cet arbrisseau, dont le suc nourricier 
    Court abreuver la fleur nouvellement éclose ; 
    Le rosier de sa sève alimente la rose, 
    Et la rose à son tour embaume le rosier : 
    Ainsi l'aimable Bienfaisance 
    Répand ses dons consolateurs ; 
    Ainsi le doux encens de la Reconnaissance 
    Rend hommage à ses bienfaiteurs. 
    Le cœur se plaît à Comparer entr'elles 
    Ces deux sœurs, qui devraient, compagnes éternelles 
    Pour consoler le genre humain, 
    Marcher toujours ensemble en se donnant la main, 
    Et qui souvent, hélas ! l'une à l'autre infidèle, 
    Brisent leur chaîne mutuelle, 
    Et se séparent en chemin. 
    Toutes deux ont leur caractère, 
    Et leur penchant, et leur pouvoir ; 
    L'une de l'autre est tributaire ; 
    L'une aspire à donner, et l'autre aime à devoir ; 
    L'une offre avec bonté, l'autre accepte sans honte. 
    Par un instinct doux et puissant 
    La Reconnaissance remonte, 
    Et la Bienfaisance descend ; 
    L'une appartient à la faiblesse, 
    L'autre au pouvoir ; l'une de la richesse 
    Verse le superflu sur l'indigence en pleurs ;
    L'autre, à sa sœur pour récompense, 
    Portant les hommages des cœurs 
    Sur la douce correspondance 
    Des obligés, des bienfaiteurs, 
    Des besoins et de l'abondance, 
    Fonde l'utile dépendance 
    Des protégés, des protecteurs, 
    Du savoir et de l'ignorance, 
    Des grands et des petits, et du peuple et du roi ; 
    L'une suit le bienfait, et l'autre le devance ; 
    Et, pour mieux peindre encor leur différence, 
    L'une c'est vous, l'autre c'est moi. 
    Mais quelques traits encor manquent au parallèle : 
    De toutes deux la grâce naturelle 
    Sait nous plaire et nous attacher ; 
    Mais l'une aime à paraître, et l'autre à se cacher. 
    L'oubli sied à la Bienfaisance ; 
    Créancière sans défiance, 
    Jamais envers son débiteur 
    Sa généreuse insouciance, 
    D'un impitoyable exacteur 
    Ne se permit l'avide impatience ; 
    Au lieu d'arracher à nos coeurs 
    Le prix forcé de ses faveurs, 
    De son noble abandon l'oublieuse indulgence 
    Laisse à d'orgueilleux protecteurs, 
    De leur tyrannie obligeante 
    Les officieuses hauteurs, 
    Et de leur mémoire exigeante 
    Les souvenirs persécuteurs. 
    Mais si l'oubli sied à la Bienfaisance, 
    Le souvenir convient à la Reconnaissance, 
    Il exerce sur elle un pouvoir souverain ; 
    Elle retient des dons l'image impérissable ; 
    Par elle les bienfaits sont gravés sur l'airain, 
    Et les injures sur le sable ; 
    Par elle, notre cœur s'acquitte à peu de frais. 
    Ces liens qu'à mon bras votre main entrelace, 
    À vous m'enchaînent à jamais : 
    Reconnaître les dons et donner avec grâce, 
    Voilà le code des bienfaits 
    Qui depuis longtemps est le nôtre. 
    À tous les cœurs bien nés l'un et l'autre est commun, 
    Votre âme vient d'éprouver l'un, 
    La mienne jouira de l'autre ; 
    Ainsi des nœuds bien chers se forment entre nous : 
    Bien faire c'est jouir, et bien sentir c'est rendre ; 
    L'un marque une âme noble, et l'autre une âme tendre. 
    Votre rôle est plus beau, mais le mien est plus doux. 
    Voyez combien de délices rassemble 
    Ma juste sensibilité : 
    Vous chérir, c'est aimer ensemble 
    L'esprit, la grâce et la bonté.
     


    Jacques Delille.







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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
Salus le vendredi 20 février 2015, à 12:09

Bien écrit, un peu lourd...

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