|
Le jour s'en vient, déjà fatigué de paraître,
Tel un vieillard lassé par la guerre du temps,
Aspirant au repos du soir définitif.
Car il est des matins comme ces être jeunes
Dont le coeur est inerte avant d'avoir servi.
Ainsi qu'un lourd pavé dans une cage d'or
Ou le fou qui s'enclôt par crainte du soleil,
L'amoureux tant déçu qu'il ne sait plus aimer
Ou l'amant qui s'endort et revit sa hantise
Sous le poignard jaloux de la vie éveillée.
Le sable de la grève étend sa solitude
Aux frontières de l'oeil où s'imprime le temps,
A l'heure suspendu, mutique et déroutant
Et tout un spleen semble, immense, s'apesantir.
As-tu vu l'oiseau mort au bord du jour éteint ?
L'angoisse et la fatigue ont scellé sa souffrance,
Stigmates du combat que livra le défunt
Au creux du raidillon sableux où l'ombre invente
Mille ruisseaux changeants pour le peuple des vers.
Ce sont là les sillons de la vie et la mort
Que disent la stridence et le vol lourd et las
Des grands voiliers marins qui cherchent leur pitance
A la vague endormie en sa berceuse lente.
Pourtant l'oiseau noyé garde sa raison d'être.
Rendez-vous et routine aux brandes du mystère,
Le quotidien usé des grisailles putrides
A pincé sa narine et décharné son cou.
Mais le temps ne survit que grâce à notre mort
Qui nourrit l'espérance en contentant le sort
Telle une épiphanie avant l'aube du coeur. (à suivre)
|