|
A Marylène, qui m'honore de son amitié,
qui, de par sa profession, doit souvent évoquer ce sujet :
"De l'infidélité de la mémoire à la consolation des rêves"
Nous traînant derrière eux impitoyablement,
Les jours, sans s'arrêter, tissent nos souvenirs,
Tombent à la renverse arrivés au trépan
Et creusent le fossé de nos prochains gésirs.
Les printemps oubliés reposent sous la neige
D'un novembre sinistre où geignent les corbeaux.
C'est ainsi que s'en vont en funeste cortège
Nos instants les plus doux, nos actes les plus beaux.
Mais tandis que la nuit glace à coeur nos désirs
Le dernier feu survit à l'âtre noir de cendres.
La braise qu'on tisonne y mêle ses soupirs
Aux chants de la veillée où les heures sont tendres.
Kronos est pour nous tous ainsi qu'un Attila
Et le moment venu ne nous fera pas grâce.
Chaque âge de la vie est pareil en cela
Aux ans multipliés par les saisons qui passent.
La mémoire s'afflige aux coeurs endoloris
Et sait enjoliver ce qu'elle nous raconte.
Ne retenant surtout que les moments chéris,
Elle triche, elle ment, mais épargne la honte.
Beaucoup de souvenirs ne sont qu'imaginés.
Mais qui nous blâmera d'en faire nos élèves ?..
Si nous devions soudain retrouver nos passés
Tels qu'ils furent vraiment, nous maudirions nos rêves.
Le Rheu (35) 13 avril 19997
|