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THÉORIE DE LA FIN
I - Soif
Les troupeaux mugissant repaissaient l’herbe amère
La pluie, en ne tombant pas, séchait les pâtis ;
Des bêtes les jonchaient, se comptaient par centaines,
Et la mouche grouillante à notre terre mère…
II - Gémonies
Que l’homme ourdisse un monde triste
En ce miracle originel !
Que nous trahissent les ruisseaux
Et la mer, et l’instinct charnel !
Que disparaisse chaque piste,
Les soirs de calme et d’améthyste,
Les nids aux creux roux des roseaux
Et que meure le chant des oiseaux !
Le ciel se couvrira de plaies
Le sel envahira les blés
Les glaciers ne seront qu’humeurs
De cendres et de fer mêlés ;
La féerie orbe où tu balaies,
Démon, la prairie et les haies,
Sera phosphore ! et d’un feu pur,
Beauté vivante,
Enfuie,
Meurs !
III - L’infini irrévocable -
Moi,
Je mourrais extraordinairement
Un après-midi de pluie allumant,
D’un rayon biais de photons,
Des facettes sur les gouttes !
- Fragmentation des déroutes -
La vie avait, m’investissant,
Ansé mon univers d’avec son sang ;
Je mourrais extraordinairement !
Sous l’ombre atone et tavelée, à ce feuillu
Dont le murmure importun m’interpelle,
Le réel morcelé me semble,
Comme couvert d’une grande aile,
Un ange qui volerait l’amble…
- Extraordinairement mort,
Je ne suis rien qu’un peu de sable
Dont le sort vain, désormais stable,
Ne raye plus l’entendement.
Et lentement le vent me couvre
Et l’oubli frivole me grève
De la mémoire ivre du rêve…
IV - Réminiscences visionnaires
Depuis les grottes accueillantes
Jusqu’à la voûte élevée en
Nubie, un futur océan
Couvait ignoblement ses lentes !
Comme en un crâne la vermine,
Nous formions des vagues humaines
Jusqu’à ta contrée, ô Sirène !
Et jusqu’aux grandes mers de Chine.
Depuis lurette nous pillions,
En d’ignobles us d’histrions,
La planète comme une tête
D’un lion dévoré de poux…
Le souvenir de temps plus doux
Se bonifie à la défaite ;
Aux âges vagues d’horizons
Vivre devient trop grand pour nous !
Pas de prison dans ces ivraies ;
Tout était vrai,
C’était avant.
Loin des abîmes et des limbes,
Vertige, ici girait l’imaginaire,
En amont d’une vie envolée
Avalée
Et violée
V - Irruption de l’automne
dans le poème
Tout traîne
Tout peine
L’automne
S’amène…
VI - Dernières considérations
Hors que n’ayant le temps de vivre,
De suivre tout au plus quelques vers un peu mièvres
Et déchiffrer le calligramme et l’hiéroglyphe,
N’écrivant qu’une page au livre,
Les ors ternis de mes secrets
Et la tristesse, et les regrets
Symphoniques inachevés,
En ces sons si mal archivés
(J’entends leur écho disparaître)
Qu’ils n’en auraient jamais dû naître…
Je suis Pierre, et je tombe au plein centre du gouffre !
Frères et sœurs privés d’azur, je sais le safre, et qu’on en souffre ;
Aux hématomes anciens de nos âmes,
Hersés d’oxyde et de cobalt,
Les âpres cieux, de leurs fades promesses,
Ajoutent aux patiences ;
Et nos cœurs transpercés.
Salus
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