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Être poète c'est embrasser la terre pour écouter son sang,
en sentir le ressac en ses propres artères,
c'est entendre le vent délivrer son message
et bercer nos blessures dans la fraîcheur du soir.
Être poète, c'est savoir s'abreuver de la folie nécessaire
pour survivre et connaître la nature souveraine.
C'est découvrir la liberté transie et apeurée,
cachée au fond du puits.
Être poète, c'est rire comme un gosse et souffrir comme un homme;
C'est oser se dresser, tout droit et tête haute,
au milieu des tempêtes de la haine et du doute
et rêver de soleil aux portes du tombeau.
C'est regretter encore la belle dame blonde
qui passait autrefois aux songes de la nuit
lorsque les vieux conteurs s'y étaient évanouis
à la fin des veillées aux chandelles et châtaignes
que ne sauront jamais les enfants d'aujourd'hui.
Être poète, c'est, prophète incompris,
avoir la tête dans les étoiles
et semer des cailloux pour des petits Poucets.
C'est marier le rêve et la raison, l'audace et l'interdit,
le coeur et l'impossible. Et c'est tenter de dire et de faire
ce qu'il faut, ce qu'on doit, quel qu'en sera le prix.
Car c'est dire maintenant le demain qui saura
faire de l'Utopie une réalité .
Être poète, c'est enfourcher le canasson de la misère
pour combattre la guerre et la triste indifférence.
C'est traquer l'aventure une rose à la main;
c'est vouloir le délire et les mots en fusion,
c'est jeter le surplus et même l'essentiel
et tout précipiter aux flots lisses des abers
pour en faire jaillir l'arc-en-ciel et la pluie
qui s'en viendront bercer les âmes de grand vent.
Être poète, c'est chanter pour la fleur et l'homme assassinés,
c'est partir n'importe où pour arriver ailleurs,
c'est gagner l'horizon pour dépasser le temps.
C'est se vouloir un dieu quand on ne peut y croire
s'enivrer de lumière, chercher l'éternité,
féconder le silence, pleurer tout bas sa peine,
chanter très fort sa joie et la communiquer
et c'est mourir d'amour pour que vive le monde.
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