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Je m'attaque à un monument
De la république française
Qui écrivait si brillamment
Que je ne suis pas très à l'aise
Mais le décrire est un devoir
Que m'impose ma plume honnête
Avec Lamartine et Ronsard
N'est-il pas le plus grand poète?
En février mil neuf cent deux
A Besançon on fait la fête
Un petit bébé duveteux
Vient juste d'ouvrir ses mirettes
Comme il ne parle pas encore
Il ne peut pas faire de rimes
Mais déjà le petit Victor
Cherche des yeux des homonymes
Il quitte le Doubs tout petit
Car son bon général de père
Loge d’Espagne en Italie
C'est dur l'art d'être militaire
Sa mère ayant pris un amant
Se sépare du général
Et avec ses jeunes enfants
S’installe dans la capitale
Toute sa jeunesse il écrit
Il lit Rousseau, il lit Voltaire
Il aime tant la poésie
Qu'il pense, écrit et parle en vers
« Je veux être Châteaubriand
Sinon rien » prédit-il alors
Car il n'est rien à ce moment
Sinon qu'un peu brillant Victor
A l'instar de cet homme illustre
Il écrit inlassablement
Il n'a pas encore « trois lustres »
C’est-à-dire à peine quinze ans
Quand il déniche un imprimeur
Qui quelques livres lui édite
Il les adresse aux connaisseurs
Dont un pour le roi Louis XVIII
Peu après sa mère décède
Et il ne vit que de l’argent
Que le roi par an lui concède
Soit mille livres seulement
Adèle son amie d'enfance
Depuis longtemps sa concubine
A Léopold donne naissance
Puis à sa sœur Léopoldine
Il renoue avec son vieux père
A la retraite et sur la paille
En lui dédicaçant les vers
De son ode "Après la bataille"
Son père s'éteint lui aussi
Juste avant une autre bataille
C'est la bataille d'Hernani
Pour qui tout Paris se chamaille
Victor s’est fait beaucoup d’amis
Depuis qui a écrit ces pages
Et Notre-Dame de Paris
Lui en apporte davantage
Musset, Lamartine et Vigny
L’encouragent tant qu’ils le peuvent
Adèle est confortée aussi
Dans le grand lit de Sainte-Beuve
Lui aussi prend une maîtresse
Du nom de Juliette Drouot
Pour laquelle il écrit sans cesse
Comme chanterait Roméo
Il a juste la quarantaine
Il est jeune académicien
Quand sa fille meurt dans la Seine
Il éprouve tant de chagrin
Qu’il laisse tomber les poèmes
Le théâtre et la tragédie
Et devient maire du huitième
Arrondissement de Paris
Comme il est aussi Pair de France
Pair et maire il est à la fois
Et quand la Commune commence
Il est le confident du roi
Lorsque les émeutiers approchent
De la mairie du bon Hugo
Ses hommes tirent sur Gavroche
Ça l'histoire n'en a dit mot
Le jour où le monarque abdique
Victor Hugo change de camp
Car la deuxième République
Le fait député pour sept ans
En mil huit cent cinquante et un
Quand Napoléon-Bonaparte
Fait son coup d'état assassin
Victor se dit "Faut que je parte"
A Bruxelles, puis à Jersey
Volontairement il s'enfuit
Pour avoir écrit un pamphlet
Sur "Napoléon le petit"
C'est à Guernesey pour finir
Qu'il s'installe durablement
Critiquant violemment l'Empire
Dans son livre "Les Châtiments"
L'empereur voulait qu'il revînt
Victor ne le souhaitant pas
Lui dit que "s'il n'en reste qu'un
Sire, je serai celui-là"
Dix-neuf ans dure son exil
Mais il est fécond et notable
Car est né au cœur de cette île
Son chef-d'œuvre "Les Misérables"
Quand Napoléon III abdique
Après la défaite à Sedan
Une troisième République
Chasse l'Empire décadent
Le peuple de Paris l'acclame
Il est même élu député
Lorsque se joue un nouveau drame
La Commune vient d'éclater
Il décrit ces moments pénibles
Dans un ouvrage peu après
Intitulé "L'Année terrible"
Puis il retourne à Guernesey
Là, il écrit "Quatre-vingt-treize"
Un des plus importants romans
Sur la Révolution française
À près de soixante-dix ans
Ce sera son œuvre dernière
Si ce n'est son œuvre majeure
Suivi de "L'Art d'être grand-père"
Et celui d'être sénateur
Une congestion cérébrale
Met fin à ses activités
Et malgré l'accueil triomphal
Pour ses pièces de nouveau jouées
Quand Victor rend sa plume à Dieu
Une étonnante procession
De princes, de bourgeois, de gueux
L’entoure jusqu’au Panthéon
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