|
Casanova n'est pas qu'un mythe
Il a vécu au temps des rois
Quand le clergé faisait la loi
On ne jouait pas avec sa foi
Car il n'a jamais eu la trouille
De faire l'amour au balcon
Quand on pourchassait ces fripons
Et qu'on les pendait par légion
Casanova n’est pas Don Juan
Il n’est pas un collectionneur
C’est un jouisseur exubérant
Parfois musicien à ses heures
En mil sept cent vingt-cinq, il naît
En l'Italienne péninsule
Et déjà dans son lit douillet
Son petit kiki gesticule
Son père étant un comédien
Sa mère une brillante actrice
Lui-même étant un Vénitien
Ces conditions étaient propices
Il grandit entouré de femmes
Qui le poussent dans les études
Et quand chancelle un peu sa flamme
Elles comblent sa solitude
Il obtient vite un doctorat
En droit civil et canonique
Et se destine, croyez-moi
A la carrière ecclésiastique
Bien qu’il reçoive la tonsure
Jamais abbé il ne sera
Pour des raisons, je vous l'assure
Que je ne peux révéler là
Pourtant on lui laisse sa chance
Un cardinal proche du pape
L'embauche alors comme ordonnance
Jusqu'à ce qu'encore il dérape
Alors commence l'aventure
Du Casanova dévoyé
Faite de sexe et de luxure
Que je ne vais point étayer
On le voit partout en Europe
Tantôt escroc, tantôt conscrit
Fréquentant les lieux interlopes
Et les prisons de ces pays
Mais c'est dans la Ville Lumière
En mil sept cent cinquante et un
Que Giacomo le solitaire
S'initie aux joies en commun
A trente ans il est à Venise
Quand l'amour il découvre enfin
Lors il partage sa promise
Avec un abbé libertin
C'en est trop pour messieurs les Doges
Qui l'arrêtent dans ses plaisirs
Et par la peau du dos le logent
En prison au pont des Soupirs
Au bout d'une année il s'échappe
C'est à marquer dans les annales
Surtout ne riez pas sous cape
Si ce mot résonne bien mal
Alors pour Paris il détale
Chercher refuge et amitié
Chez un ministre-cardinal
Son ancien copain le curé
Bientôt il trouve la fortune
Et comme elle ne vient pas seule
Il trouve gloire peu commune
Auprès de monsieur de Choiseul
Après dix-huit années d'exil
Il a maintenant cinquante ans
Il retourne d'un pas tranquille
Dans la ville de ses parents
Les années de vie insouciante
Et les excès ont pris leur dû
Les joues creuses sont apparentes
Et visible est son nez crochu
Dans sa spirale descendante
Il commet de graves bêtises
Si bien qu'une loi permanente
Le chasse à jamais de Venise
On le retrouve chambellan
Auprès de l'empereur d'Autriche
Il a maintenant soixante ans
Mais il n'est plus un homme riche
Dans les temps révolutionnaires
Au fond d'un château de Bohême
Il est le bibliothécaire
Rédigeant sa vie en poème
A soixante-treize ans passées
Quand il referme son beau livre
Le temps de le dédicacer
Giacomo a cessé de vivre
|