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Destiné au métier des armes
Armand est un joli bébé
Qui ne verse pas une larme
Au moindre genou éraflé
Son père est un proche du roi
Il est capitaine des gardes
Mais même le plus grand soldat
Ne peut combattre la Camarde
Victime d'un mal pernicieux
A peine âgé de la trentaine
Le père rend son arme à Dieu
Laissant deux enfants dans la peine
Un oncle évêque de Luçon
Sur eux jette son dévolu
Alphonse l'aîné des garçons
Devra combattre le Fourchu
Tandis qu'Armand aura pour tâche
De faire respecter la loi
Et de raccourcir la moustache
Des lâches qui fâchent le roi
Le temps passant le pauvre Alphonse
Ne peut assumer sa mission
Las à la tonsure il renonce
Nonce n'est pas sa vocation
C'est donc Armand qui se fait prêtre
Sans y être tout-à-fait prêt
Mais le tonton, homme de lettres
En fait un chevalier complet
A vingt-cinq ans il est évêque
Même si l'âge vous surprend
Tant pis il faudra faire avec
Je suis poète et non savant
Peu-après la mort d'Henri IV
Il est député du clergé
Puis sur l'avis de la marâtre
La reine en fait son aumônier
Son ascension est si rapide
Que le roi devenu jaloux
Arbitrairement se décide
A l'exiler dans son Poitou
Mais comme dans toutes familles
Après trois ans de paix royale
Les hommes se réconcilient
Et Armand est fait cardinal
Alors du bout de sa barbiche
Il propose au roi hésitant
D'abaisser la maison d'Autriche
Et de mater les Protestants
Ces derniers ont leurs métropoles
A La Rochelle et à Privas
Leurs lois, leurs temples, leurs écoles
Formant un état dans l'état
C'est ce que dit son éminence
Au roi qui offre ses Dragons
Afin de réduire au silence
Ces empêcheurs de croire en rond
Aussi en mil six cent vingt huit
Après un an de lutte à mort
La Rochelle entière est détruite
Privas subit le même sort
Suite à cette épopée funeste
Le cardinal s'en prend alors
Aux nobles qui trop manifestent
En arasant leur châteaux-forts
Il devient si impopulaire
Que jusqu’en les allées du roi
Regimbent les grands militaires
Mais Richelieu les met au pas
Il fait interdire les duels
Et les auteurs, exécuter
Si bien que les nobles rebelles
Préfèrent mourir sur le pré
S'il se met le pays à dos
Il met les artistes à l'aise
En créant le temple des mots
La belle Académie Française
Au cinquantième an de son âge
Le grand Armand est un vieillard
Les rhumatismes le ravagent
Et la malaria se déclare
Peu de temps après il succombe
Et son corps aussi disparaît
Lorsque sous la Terreur sa tombe
Est odieusement profanée
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