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Que le noble lecteur ne se méprenne et ne puisse accroire qu’il y a félonie en utilisant le terme « autopsie », car une analyse en profondeur de ce poème posté par un membre du site il y a maintenant quatre ans nécessite une vertigineuse plongée dans les entrailles de cet opus où foisonnent tant de résonnances, littéraires, philosophiques, psychanalytiques…..et même politiques.
L’opus en question s’appelle LE MICRO ONDES.
Vous cliquerez, en fin de lecture, sur le lien que je vous indiquerai pour, si vous ne l’aviez déjà lu, vous plonger à votre tour, dans ce lieu littéraire étrange, où baignent mille instincts équivoques au sein d’un ésotérique tourbillon.
1/ DU FONCTIONNEL AU FICTIONNEL
L’auteur aurait pu traiter cette thématique qui aujourd’hui fait partie de notre quotidien, sur un mode linéaire, hélas trop coutumier de la littérature actuelle. Mais avec son poème – le tout concentré sur six quatrains, rendez-vous compte ? - l’auteur, avec une magistrale maîtrise du sujet, réussi le pari de nous appeler à repenser la narrativité contemporaine.
L’espace, volontairement limité, que s’est fixé le maestro, pour développer son sujet, l’a conduit à développer un concept, une idée à chaque vers, mais en gardant une cohérence globale saisissante.
Oui, une phrase, une idée ! Tout cela est remarquable. Comment ne peut-on d’ailleurs être saisi par le premier vers, introductif de l’œuvre qui nous interpelle, et résume à lui tout seul une palette de sentiments humains de laquelle émerge la « joie de l’être » que, de mémoire, seul Saint-Jean de la Croix avait su exprimer.
Le poème commence ainsi :
« C’est la fête aujourd’hui, car j’ai mon micro-onde ! ». Je reviendrai sur la qualité prosodique de l’écrit.
Mais ce qui m’interpelle, c’est la force et l’habileté introductive du vers.
Paraphrasant d’ailleurs la pensée de Saint-Jean de la Croix dans ses exégèses scripturaires, l’auteur aurait pu substituer le vers 1 par un : « Delectare in Micro Unda et dabit tibi petitiones crodis tui », car l’allégresse émergeant dans ce vers exprime exactement le même sentiment jubilatoire d’exaltation : « Mettez votre joie dans le Micro-Onde, et il vous donnera tout ce que désire votre cœur ».
Mais, et tout le reste de l’écrit le démontre sans aucune équivoque, le choix du poète est résolu. Pour aider peut-être à la compréhension du message et même, dirais-je, pour rendre préhensible sa dialectique, l’auteur nous « recadre » à chaque vers, dans une généricité qui ne nous permet pas de nous perdre sur d’autres sentiers que la fonction primale de l’objet. Il ne saurait s’agir d’autre chose ici que d’un micro-ondes.
Mais l’habileté poétique ici est confondante, avec le support d’une prosodie envoûtante, dirais-je, due à une « impeccabilité » de la forme (classique, en l’occurrence). Car cette généricité assumée, me permettrai-je de souligner, nous conduit plus loin : nous sommes diaboliquement trnasportés dans un processus réflectif (et cognitif, donc) de type philosophico-linguistique. Et c’est ce basculement vers une logique philosophique qui se télescope avec la poétique qui va nous conduire, très étrangement sur un chemin parallèle, presque onirique. Sous des apparences concrètes, « terre à terre » pourrais-je dire, eh bien L’ON PASSE DU FONCTIONNEL AU FICTIONNEL !
2/ CRITIQUE DE L’UTILITARISME OU HEDONISME GOURMAND ?
Lorsque vous aborderez le 3ème quatrain, vous serez de nouveau saisis, par le virage d’essence philosophique, que va prendre le poème :
« Mais après ça devient bien plus intéressant :
Pour s’en servir il faut d’abord ouvrir la porte
Et dedans y placer un plat bien nourrissant… »
Soulignons de nouveau, car ici nous sommes sur un site de poésie, combien la rigueur classique sert le développement de la pensée, comme une accointance avec le sujet (ici ; le futur utilisateur d’un micro-onde, à la fois émerveillé et inquiet, archétype parfait du signifiant de l’objet selon Lacan, révélant la douleur d’exister)
Maîtrise de la forme au service du fond ! Il faut dire qu’ici, la leçon de Malherbe a été comprise, assimilée, transcendée même.
Et je ne suis pas certain que sans la rigueur prosodique de l’œuvre, le lecteur ne puisse comprendre que, par-delà le plaisir – dans une double acception psychanalytique et philosophique – que va ressentir le possesseur du micro-ondes, mais aussi sa crainte d’un inconnu technologique, ce dernier va être porté, SANS EN AVOIR CONSCIENCE, sur les rives d’un eudémonisme durable. Spinoza, s’il eut été encore de ce monde, aurait eu la démonstration ultime de sa philosophie du Bonheur.
Vous aurez, par cet exemple – et je ne dévoilerai pas le reste du poème – compris la maestria de son auteur. L’aspect psychanalytique est totalement émergent, l’on en….prend conscience, si je puis me permettre un trait d’humour. Et l’on a, c’est presque l’essentialité du poème, la conviction que le discours poétique, ici, ne vise pas, à travers l’appréhension du futur utilisateur de l’objet (le micro-ondes) ce qui serait, à tort, le primat d’une non-connaissance accusative. Au passage, cela est de nature à rassurer tous ceux de la vieille école, comme moi, qui ont souffert par le rite de passage que fut l’achat puis l’utilisation de leur premier Smartphone !
Vous le voyez, le poème en question n’est nullement un bavardage métaphysique stérile. Et ‘ailleurs, en quoi serait-il métaphysique, je vous pose la question ?
Mais, une fois de plus, l’auteur du poème, vous l’aurez compris, très habilement détourne ce qui pourrait paraître comme une critique de l’utilitarisme, un utilitarisme « inquiet» pour pointer du doigt un cheminement vectoriel régulier vers un hédonisme gourmand. Très concrètement, qui n’a pas en mémoire les délices de ses premières frites réchauffées le soir au micro-onde ? (« …et dedans, y placer un plat bien nourrissant » dit le poème). Béatitude, disais-je évoquant l’essence eudémonique du poème.
3/ QUAND LE CLASSIQUE SERT LA MODERNITE
C’est sur ce point que je terminerai mon exposé. Eh bien, il se trouve que c’est seulement au milieu de la deuxième décennie de ce millénaire, qu’ENFIN, grâce à l’incroyable intuition d’un auteur, nous voyons apparaître, sur le terrain de la poésie « classique », l’émergence de la VERITABLE modernité littéraire que nous attendions. Des décennies d’attente, de déceptions et, il faut le dire de déplorables exercices de style où la médiocrité côtoyait l’indigence créatrice, chez tant d’auteurs des XVIII° et XIX° siècles, encensés en leur temps, et aujourd’hui encore ! Comment avons-nous pu être dupes de telles supercheries. Désillusions poétiques et romanesques ? L’auteur de « micro-ondes » nous oppose, nous offre un classicisme « frénétique », les bases d’une méta-littérature, d’une méta-poésie qui fixeront les bases des générations à venir. Une réécriture de la Réalité.
Comment aurions-pu imaginer comprendre la fonction d’un micro-ondes (car le poème, vous l’aurez remarqué est aussi une notice d’utilisation de l’appareil) expliquée, sous l’angle poétique, en écriture libre ?
D’aucun auraient écrit, en reprenant la thématique du début de quatrain cité en exemple :
« Ô fièvre de l’intérêt, couvant comme la lave du volcan,
Conduit ton serviteur au courage sublime,
Et au geste inconstant et fatal qui lui fera ouvrir la porte,
Et dans la ferveur rugueuse et coupable de son âme,
Placer le met sacré qui sustentera ».
Certes, dans le poème analysé, l’austérité de la forme classique, déroute et ne facilite
pas la compréhension de la notice d’utilisation.
« Pour s’en servir il faut d’abord ouvrir la porte
Et dedans y placer un plat bien nourrissant »
Voilà qui n’est pas évident prime lecture.
C’est, au premier abord, un écran de brumes et d’apparences.
Mais le classique demande des efforts. Des efforts d'écriture, mais aussi des efforts de compréhension. C’est ce qui en fait la noblesse.
Et là, paradoxalement, est la modernité !
Je ne connais qu’un poète du site qui avait pu nous émouvoir ainsi, en écrivant un jour ces deux vers (en libre hélas !) :
« Si je gagne au loto,
Je m’achèterai une moto ».
Hélas, encore, il a effacé son poème.
Cliquez vite sur le lien suivant, vous découvrirez l’intégrale du poème LE MICRO ONDES,
écrit par un poète de notre site, et pas n’importe qui.
http://www.mespoemes.net/sites/lire.php?id_poeme=83507&login=cellox2&page=1
(PS : IMPORTANT - autant pour l’auteur de « Micro-ondes » que pour moi, il ne s’agit nullement de critiquer le style classique en poésie. Il est important de le préciser. Vous lirez à la fin de son poème, l’auteur qui précise : « Jamais on ne peut décider de la valeur d’un poème en se basant seulement sur le format employé pour l’écrire. La poésie se trouve bien au-delà des choix formels (et le libre en est un aussi). »
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