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Je m'exprime en français.
Je ne sais pas la langue
que parlaient mes ancêtres
avant qu'ils soient esclaves.
Et je me sens infirme
au plus profond de moi.
Comment pourrais-je dire
à ma longue lignée
qui m'attend tout là-haut
en chantant le Seigneur
"Ya, Brekeg ar galleg,
comprenant ket ar brezhonneg".
Sot breton que je suis,
Breton colonisé,
dépositaire indigne
ne parlant que français.
Je m'exprime en français.
Je ne sais pas la langue
que parle mon épouse
quand elle parle aux siens.
Et je me sens gêné
de ne savoir que dire
dans la langue du coeur
qui chante au téléphone.
Quand j'irai pour les voir
là-bas au Cameroun
tous ils m'accueilleront
dans la langue du toubab.
Africains mes amis,
la langue des conquêtes
ne peut faire de moi
qu'un éclopé du coeur.
Ainsi je resterai
toujours un étranger;
le français et l'anglais
sont langues imposées.
Et je condamne ici
les assassins des langues
et je déplore ici
les colonisateurs.
Betton novembre 2004
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