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Ma petite prose poétique postée avant hier a évolué en une
nouvelle qui durera sur 3/4 posts. Voici le deuxième épisode :
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Norbert a un sommeil très agité depuis quelques jours, et lorsque l’infirmier qui vient de prendre son poste toque à sa porte puis se dirige à la fenêtre pour ouvrir les stores, il est à huit heures du matin. C’est un supplice de se réveiller en plein rêve mais au lieu de riposter, Norbert se recouvre de son drap, dans l’espoir de retenir encore quelques instants l’intensité de ce rêve fabuleux. Mais c’est peine perdue, et s’il a appris une chose ici, c’est bien celle de taire sa révolte. Alors dépité, il s’assied lentement sur le rebord de son lit, en se jurant de retrouver le fil de son rêve dès que ça lui sera possible. En attendant, il s’agit de faire bonne figure car aujourd’hui c’est un grand jour. Alors il se lève, fait quelques pas pour atteindre la table sur laquelle l’infirmier a déposé le plateau de son petit déjeuner. Ils prennent chacun une chaise. Maxime qui prend tout son temps ce matin dit :
- Monsieur Norbert, j’ai appris seulement hier votre départ des Pavillons Bleus, et j’ai tenu à venir passer un moment avec vous, pas cette fois pour veiller à ce que vous preniez bien votre traitement, mais en tant qu’ami. Depuis les soins intensifs de vos premières semaines ici, vous avez enfin retrouvé une santé psychique qui fait plaisir à voir…
Norbert lui coupe la parole :
- Onze mois et neuf jours, je sais pas si on peut parler de rétablissement à ce stade, hein…et même stabilisé, j’ai plutôt du mal à envisager une vie normale. Enfin on vous a p’t’être dit que je retourne vivre chez ma grande cousine...tout du moins dans un premier temps.
Un silence s’établit. Un oiseau vient se poser sur le rebord de la fenêtre. Vous savez de ces fenêtres qui se bloquent à 10 cm de l’ouverture pour éviter tout accident dans un moment de désespoir. N’empêche que depuis plusieurs semaines Norbert est libre de ses allées et venues. Et puisqu’il s’est engagé à continuer ses consultations en cabinet, son souhait le plus cher est de ne plus jamais remettre les pieds ici. Il a assez perdu de temps, il est prêt à partir. Les deux hommes échangent un long regard qui traduit une certaine reconnaissance mutuelle, puis ils se serrent la main sans rajouter quoi que ce soit, ponctué par un presque banal "bonne continuation ».
Les démarches administratives étant déjà réglées, Norbert quitte les Pavillons Bleus sans se retourner.
Une heure plus tard, le chauffeur de Noémie le dépose aux portes du manoir. Elle est en voyage depuis plusieurs semaines, et Norbert n’aura à côtoyer que Ibrahim, le vieux jardinier chargé de garder et entretenir les lieux. Ceux-ci ne lui sont pas étrangers puisqu’il a vécu ici une dizaine d’années après la disparition tragique de ses parents. ll retrouve sa chambre qu’il a quitté à dix-sept ans pour aller étudier à la ville, jusqu’à l’année de ses vingt-deux ans. Ici, pas de maisons aux alentours à moins de trois kilomètres. Peut-être que cet isolement l’aidera aujourd’hui à reprendre la rédaction de son roman…mais pour l’instant Norbert n’a qu’une seule idée en tête : dormir ! Car il est épuisé et adore se réfugier dans ses rêves…
A quatre heures du matin, il se réveille en murmurant : « Jess… » à plusieurs reprises. Il est en sueur bien qu’ayant laissé la grande fenêtre qui donne sur l’unique balcon du manoir ouverte. Une brise tiède vient caresser son torse nu. La lune éclaire en partie la chambre, redessinant les contours de l’armoire, la table basse et le petit sofa… « Jess… »…c’est étrange, chuchote-t-il songeur. Car il vient de rêver pour la seconde fois de cette jeune fille qui lui confie qu’elle se réfugie dans ses rêves. Norbert est troublé au plus profond de son être, d’autant qu’elle lui a tenu la main longuement tout en plongeant son regard vert dans ses yeux, en lui demandant de se souvenir d’elle !
Il est confus, intrigué par la jeune femme et son attitude implorante.
Aussi, il s’abandonne à la rêverie pendant un très long moment et ne se rendort qu’à l’aube, tandis que les tous premiers rayons du soleil se glissent dans le parc de la propriété. Il a maintenant vingt-six ans, et n’a plus de compte à rendre à qui que ce soit en ce qui concerne l’impact que ses rêves ont sur sa vie. Seule Noémie qui le connait pourrait percevoir à quel point il est ébranlé : elle est la seule personne qu’il côtoie en dehors des médecins depuis qu’il a décroché de ses études D’une douzaine années son aînée et une douceur inégalable, elle l’a toujours accepté tel qu’il est : un grand enfant que la vie n’a pas épargné. Elle ne s’est opposée à lui qu’une fois, parce qu’elle passait toutes ses nuits à guetter les errances de Norbert, en prise à des crises de somnambulisme atteignant des proportions telles en terme de danger pour lui même, qu’elles l’avaient rendue anxieuse, voir irritable. Or, impossible de raisonner Norbert pour qu’il se fasse soigner. Elle avait donc alerté son ami Christophe, psychiatre et directeur des Pavillons Bleus qui comprit sa détresse face à ce jeune homme fragile, et lui promit de trouver un traitement approprié à condition que Norbert soit interné…
Mais tout ça, c’est déjà du passé. Et si Norbert se sent encore un être à part à ce jour, il a fini par accepter un traitement au lithium, le seul ayant le pouvoir de faire cesser son somnambulisme. Maintenant, il est enfin de retour chez lui. Noémie rentrera dans quinze jours pour les fêtes de fin d’année, et elle lui pardonnera de lui avoir trop longtemps fait subir son entêtement. Puisqu’il va bien, tout rentrera dans l’ordre.
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