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Sur la souffrance du corps ( Hank )

le lundi 28 septembre 2015, à 10:47. Posté par COLLECTIF (auteur : Hank)







    Le corps … Les maux du corps … Les afflictions de ce corps … Ah, pas si évident, mon gars … On fait tous les malins, tant qu’on se porte bien , tant que le corps se porte bien même si l’esprit est tordu et l’âme passablement pourrie … Et vas y que je te philosophe, que je te ponds des considérations définitives sur tout et rien … Ouais, c’est vrai de tout le monde mais ça prend un relief cruel chez nous autres parleurs , intellos , soi disant poètes ou même pas, gourous de quartier …

    Tu comprends, un représentant de commerce qui ne vit que pour fourguer sa camelote, qui va de ville en bourgade , de motel graisseux en diner à crise cardiaque (heart attack diner), qui tire son coup quand il en a l’occase avec une pute ou une paumée levée bourrée à un comptoir , siffle un peu de bourbon bon marché et rentre venue la fin de semaine dans sa baraque hypothéquée où il va tondre la pelouse et faire griller des saucisses bas de gamme pendant que sa bobonne psalmodie les reproches habituels et que ses gosses ados le dévisagent plein de morgue, ignorants du fait que dans vingt cinq ans ils seront lui, tu comprends, un mec comme ça, quand une vérole sérieuse finit pas s’inviter dans son pauvre corps fourbu et aussi mal entretenu qu’une bagnole poubelle, quand un gusse comme ça tombe vraiment malade et que c’est du lourd, si le malheureux commence à couiner, à baliser comme un boutonneux au vu de la possible fin , si le triste enfoiré (the sad fucker) braille dès que ça lui fait mal, et bien au fond il n’y a rien à dire, hein ? ....

    Ok, à ce moment il n’y a plus grand monde pour la ramener, mais, eh, fallait s’y attendre, hein ? (What did you expect ? ) Sauf que pour toute la caste des suffisants, les prêcheurs, les soi disant experts en condition humaine, les philosophes confits dans leur verbiage compliqué , enfin, je veux dire, ceux qui prétendent avoir pigé quoi que ce soit, man, ceux qui ont la prétention de prétendre avoir pu piger quoi que ce soit à l’universel merdier, je ne sais pas moi, je les appelle les prétendus connaisseurs (the would be knowers) , chez tous ceux là dont si on n’y prend garde on peut s’égarer à faire partie, mon petit, chez tous ceux là, quelle déconfiture ….

    Enfin, tout ça pour dire, mon garçon, qu’on ne gagne rien à trop faire le malin. La douleur du corps, la peine du corps, le cri du corps, le halètement du corps qui n’en peut plus d’avoir mal, c’est quelque chose, quelque chose dont on n’a pas le droit de causer tant qu’on ne l’a pas vécu, comme tout le reste remarque bien, mais là , en causer tant qu’on n’y est pas passé, c’est sans doute encore plus obscène … La pornographie à l’état pur ou plutôt impur, le scandale …

    En même temps, c’est diablement intéressant, le corps qui peine et verse des larmes de douleur et qui demande pitié dans le silence de ses fonctions … Parce qu’alors, alors, on voit ce qui reste de notre philosophie, de ce peu de sagesse qu’on a tant bien que mal extirpé de cette aventure insensée , on voit ce qui subsiste de qui on est vraiment … Et ça c’est passionnant, mon petit. ...

    Le pire ce serait de se recroqueviller, de laisser cette enfoirée de douleur brute , physique, de la laisser te clore, te barricader dans un tête à tête à la con, juste toi vaincu et elle se repaissant, sa bouche pleine des restes sanglants de ton humanité réduite en lambeaux par elle, la salope de douleur physique… Non, la douleur, il faut que ça ouvre… C’est vrai de la douleur de la chair non physique, celle du vif de l’âme et de l’esprit, ça l’est aussi de la simplissime douleur du corps, celle là même que toutes les espèces subissent avec plus ou moins de dignité depuis que quelque chose bouge sur cette planète … Que ça ouvre , que ça ouvre, toujours plus grand … Encore !



    Hank






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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
violette le lundi 28 septembre 2015, à 10:53
affreusement véritable
toute philosophie cède devant la violence de la douleur

domi le lundi 28 septembre 2015, à 11:22
un texte sublime, mais oh la fin me bouleverse... la dignité de l'animal face à la douleur...!

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