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SMILE (fin alternative) sur une idée d'Euphonie

le samedi 07 novembre 2015, à 11:54. Posté par Philip de Berg (auteur : idée : EUPHONIE (Marie))


    (Cette fin alternative de ma nouvelle précédente a pour origine une idée de mon amie Euphonie (Marie). L'idée d'une fin plus douce, à l'image qu'elle s'est représentée de Smile-Sonoma. Qu'elle en soit chaleureusement remerciée ici)


    L’activité routinière avait repris son cours au Sheriff’s Office de Fairmont. Cela ne faisait que deux jours qu’ils étaient revenus d’Oklahoma City. Pip réalisait qu’il n’était plus le même depuis son étrange soirée dans ce bar qui avait peut-être surgi de ses pires cauchemars. Il ne parvenait pas à oublier ce qui, il voulait s’en convaincre, ne pouvait être mis sur le dos d’une hallucination provoqué par l’alcool ou la fièvre. Et il ressentait le besoin d’en parler à quelqu’un. Pas au Sheriff Garrett, bien sûr, ni à ses collègues.

    C’est alors qu’il pensa à Smile. Smile était sa seule amie, ou tout du moins la seule personne à qui il lui arrivait de se confier. D’origine amérindienne – sa famille appartenait à la tribu des Choctaws - Smile était une jeune femme d’environ vingt-cinq ans qui était une des préparatrices en pharmacie au seul drugstore de Fairmont. Son vrai prénom était Sonoma, ce qui en dialecte Chickasaw signifie "le soleil est là", mais Pip lui avait un jour donné le surnom de Smile, tant son regard doux était éternellement accompagné d’un charmant sourire.
    ……………………………………………………………………………………………………………………………………………………
    Pip se retrouva devant l’entrée du drugstore et il se précipita vers le fond du magasin où était situé le rayon « pharmacie ». Passé l’entrée du magasin, il emprunta l’allée qui menait le plus directement vers son but. Douze pieds, quinze pieds à franchir ? Mais, il distinguait déjà la blouse blanche de la jeune femme, qui se tenait derrière le comptoir. Smile était là !

    C’est alors que Pip ressentit une des choses les plus étranges qu’il n’eut jamais vécu à ce jour : le temps semblait s’être arrêté. Il n’entendait plus le moindre bruit et lui-même ne se déplaçait plus dans l’espace. Il… flottait, incapable de maîtriser les mouvements de son corps.

    C’est alors que se déchaîna autour de lui – où dans sa tête – un ouragan, fait de rires sardoniques et de hurlements, comme les hurlements de tous les damnés de l’Enfer. Et tout devenait rouge. Il était baigné, aveuglé d’une lumière sanguine.
    Pip s’aperçu simultanément de deux choses : le magasin était vide. Il était seul. Seul et perdu dans cette symphonie grotesque et irréelle. Et Pip hurlait, hurlait à s’évanouir, tandis qu'en écho, les hurlements, les rires redoublaient d’intensité.

    - « Oh mon Dieu, je suis en Enfer. Je ne rêve pas ! Oh mon Dieu ……».

    Le policier ne réalisa pas tout de suite ce que son cerveau se mettait lentement à enregistrer, comme une voix très lointaine, en arrière-plan de cette cacophonie : la voix de Smile.
    « Tu y es, Pip, tu y es ! Encore un petit effort ! »

    Dans l’instant qui suivit, Pip perdit connaissance. Eut-il une ultime pensée où il réalisait que c’était l’instant redouté de la mort ? Et pour quel horrible rivage ?
    ………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
    Il n’y eut nul témoin pour affirmer qu’en effet le Temps, par quelque prodige inconnu s’était vraiment arrêté. Pour tout ce qui va suivre, les quelques privilégiés à entendre ce récit ne sont que les proches amis de Pip. Un Pip tranquille, confiant, toujours souriant, apprécié des habitants de la petite ville.
    Fairmont, Oklahoma n’a pas changé. Le drugstore CVS PHARMACY est toujours à sa place.
    Sonoma Tiowa, la gracieuse préparatrice en pharmacie était partie un matin et personne ne l’avait jamais revue.

    Et voici ce que raconte parfois Pip, d’une voix toujours apaisée et le regard à la fois brillant et lointain :
    - « J’ai fait comme une sorte de rêve éveillé. Tout était blanc, il y avait beaucoup de lumière autour de moi. Comme sur un écran de cinéma dont je n’aurais été que l’unique spectateur, je voyais défiler pêle-mêle des étoiles, des galaxies même, la panthère de Floride, des aigles et même aussi tout un petit peuple aquatique qui frétillait, et chantait, oui, chantait…..et qui n’avait pas besoin de l’eau nourricière ».
    - « On t’a trouvé évanoui dans une allée du magasin. Quelle peur tu nous a fait !» disaient toujours les visiteurs à qui Pip racontait son étrange souvenir.

    Même que, un médecin-urgentiste des Fire Rescue * qui était arrivé le premier sur les lieux, alerté du malaise du jeune policier, se souvient encore et raconte :
    « Tu balbutiais Pip, tu n’arrêtais pas de dire « Plus jamais l’enfer, plus jamais l’enfer ! »

    Pip, il ne savait dire pourquoi, avait en mémoire une étrange mélopée, mais que personne ne comprenait à Fairmont City.
    C’était quelque chose de doux et d’envoûtant. Et quand Pip entonnait cette mélodie, car oui, c’était bien une mélodie, il fermait ses yeux et semblait transporté loin, très loin.
    « Mitakuye Oyas’in, natema, yajé, mitakuye Oyas’in..… »
    « Ca vient de là-bas » disait-il lorsqu’on lui posait un regard interrogateur qui faisait toujours suite à un sourire. De ces beaux sourires apaisés.
    Et personne ne lui demandait où était ce là-bas.
    Un jour, un anthropologue érudit qui avait loué un meublé pour quelques semaines - il avait horreur de la ville et enseignait à l’Université d’Oklahoma - avait été incidemment témoin de ces étranges démonstrations vocales auxquelles se prêtait Pip.
    « Cela me rappelle un chant rituel indien. Ca ne vient pas d’Amérique du Nord mais plutôt de régions comme le Pérou. Si c’est, comme il se pourrait, un dialecte dérivé du quechua, je pense alors aux secrets chantés des chamanes, car les Incas connaissaient les mystères du chamanisme.
    Ils faisaient tourner les vents et les planètes, en chantant, et toutes les âmes vivantes en ce monde, animaux, humains, fusionnaient dans un sorte de communion universelle. « Ca éloignait l’âme de l’enfer », disaient-ils.
    Mais on trouve de proches survivances, très similaires et très troublantes, chez certaines tribus amérindiennes ».

    Les gens hochaient la tête et ne savaient que dire devant tant d’érudition. D’autres, respectueusement ne disaient rien, mais ne croyaient pas un traitre mot de tout cela.

    Et Pip vécu heureux. Dans sa carrière d’officier de police, il eut plusieurs fois l’occasion de se trouver dans des situations très dangereuses. Il ne connaissait jamais la peur.

    Dans Fairmont, peu de personnes se souvenaient de Sonoma, ou Smile, si vous préférez. Il est vrai qu’elle était restée très peu de temps dans la petite ville. Mais c’est vrai qu’elle était souriante ! Et un visage très doux, comme auréolé de lumière.

    Pip ne parlait jamais d’elle. Il était heureux. Cela lui suffisait.
    ……………………………………………………………………………………………………………
    Dans les écoles amérindiennes près de Wichita ou d’Amarillo, l’on apprend aux enfants que les Choctaws, leurs ancêtres, étaient des savants et connaissaient des secrets. L’une de leurs doctrines, pour lutter contre le Mal, était de se vouer à donner à autrui une sorte de bénédiction qui apporterait tout à la fois la stabilité, l’intégrité dans le corps, le cœur, la pensée et l’esprit. Ils donnent à ce lien mystique le nom de liane de l’âme.
    Dans ces lieux d’études, on voit encore, ornant les murs, le portrait vénéré d’une jeune indienne, au visage souriant, d’une douceur incroyable.
    Les gamins apprennent parfois à chanter une sorte de comptine, dont personne ne comprend le sens du refrain : « I am the son of Ma » **

    (* les Fire Rescue, sont les unités de Sapeurs Pompier aux Etats-Unis
    ** traduction : "Je suis le fils de Ma". Ma, dans les racines sanscrites indo-aryennes, a toujours désigné la Mère.)

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commentaires ( 10 ) (Ajouter un commentaire)
marine le samedi 07 novembre 2015, à 13:56
félicitations à marie et toi
et à Ma

euphonie0 le samedi 07 novembre 2015, à 16:15
Coucou Philip
J'aime beaucoup la façon donc tu as réussi à faire revenir Pip, vers la lumière.
Je vais la copier coller entièrement ta nouvelle pour pouvoir la lire et la conserver pour mes petits enfants.
Félicitation Philip
A bientôt
Om
Marie

Philip (JARDIN DE LUNE) le samedi 07 novembre 2015, à 17:45
Pour EUPHONIE :
Chère Marie, n'oublie pas que c'est toi qui m'a inspiré, hier au téléphone, cet heureux dénouement que j'ai voulu un peu philosophique. Et tu auras remarqué que la "lumière blanche" est présente dans le récit. Une belle fin je pense, pas parce que j'en suis l'auteur, mais parce que, tu ne m'as pas donné les mots pour écrire le dénouement, mais peut-être parce que l'apaisement que tu portes en toi, malgré toutes les épreuves que t'a apporté la vie, a apaisé un instant mon âme. C'est toi que je félicite. Cette fois-ci, je crois que je vais terminer ma réponse par....OM ! A bientôt, Marie. Philip.

Pour MARINE :
Merci, Marine. Je vois que tu as compris ce que recèle aussi le sens de ce closing up, en évoquant MA. Pas uniquement Ma amanda Moyi, mais la Mère universelle, la Terre nourricière, celle de la Vie tout court qui nous maintient debout à chaque instant. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

domi/amimots le samedi 07 novembre 2015, à 19:44
ton style est très beau Philip, et c'est une belle collaboration, je comprends ta joie et ton émotion d'avoir repris une fin avec le "regard" de Marie...
ces partages sont merveilleux...
merci à vous deux
bisous, et gros becs..

Stella le samedi 07 novembre 2015, à 21:35
Bonsoir Philip, il est vrai que cette fin est différente... moi j'aimais bien le personnage de Sonoma... mais elle disparait... puis après tu fais venir un anthropologue... avec tous les détails qui suivent...
Je prendrais le temps d'aller relire ta première version...
Bon week-end.
Bises Amicales.
Nathalie.
http://www.mespoemes.net/stella

Philip (JARDIN DE LUNE) le dimanche 08 novembre 2015, à 09:58
Pour DOMI (Amimots) :
Merci, chère Domi. Ce propos me touche car, si par goût de l'exercice de style, je n'ai pas trop de mal à écrire des choses effrayantes, tu te doutes bien que j'abhorre le Mal. Je ne dirais pas que j'étais mal à l'aise, non, j'ai déjà écrit ce genre de chose, mais en plus, je suis en phase d'introspection où je me positionne par rapport au Bien. Alors il était logique que je saute à pieds joints sur une remarque de Marie, sur un de ses coms, puis dans le cadre de notre conversation. C'est très beau ce que tu as écrit "avec le regard de Marie". Car son regard intérieur est plein de lumière. Ecrire le dénouement alternatif de ma nouvelle fut une joie, guidé par le regard de Marie. Les partages ? Mais "tous" les partages sont merveilleux, c'est évident ! Bisous et bon dimanche, Domi. Phil.

Pour STELLA :
Je dois te dire que je préfère cette fin, Nathalie. Tu aimais bien, Smile-Sonoma ? Mais elle n'a pas disparue. Elle n'était qu'une sorte d'ange de passage et dans l'univers de ma nouvelle, sans qu'il n'en ai conscience, elle sera toujours près de Pip et veillera sur lui. Pip a échappé à l'enfer. Je n'aurai nulle prétention à dire que j'ai écrit une parabole, mais nous sommes tous parfois au bord de l'Enfer, tu ne trouves pas. Le monde lui même est au bord de l'enfer. Bon dimanche. Bises amicales. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

Stella le dimanche 08 novembre 2015, à 17:23
Bonsoir Philip, oui ! j'aimais bien Smile-Sonoma !!! pour ces origines amérindiennes... Un coup de cœur pour leurs coutumes...
Bises Amicales. Nathalie.

Cerise le jeudi 12 novembre 2015, à 19:07
Re coucou ...sourire
je t'ai répondu sur ta première fin...
je voulais juste ajouter ici que ton anthropologue pourrait être Michael Harner...sourire...son bouquin "la voie du chamane" est super intéressant.
Sinon je trouve que tu es courageux d'avoir réécrit une autre fin...c'est du boulot mine de rien...sourire
bises et douce soirée encore


scorpionne le jeudi 14 juin 2018, à 11:54

Ah oui, je préfère mille fois cette fin ! Pip a, en quelque sorte, eu un aperçu de ce qu'était l'enfer et il n'en veut pas. Il sort grandi de cet "épisode" et sait maintenant apprécier la vie. Bravo pour cette fin !
Très amicalement,
Jocelyne

Philip (Jardin de Lune) le vendredi 15 juin 2018, à 08:31
Pour JOCELYNE :
J'ai relu ma fin alternative.
Eh bien, je dois te dire, que j'en suis très content (sourire !).
C'est une fin heureuse, apaisante, avec un rebondissement final.
Bien sûr, toujours soucieux d'exactitude dans mes récits, toutes les références au chamanisme, aux légendes anciennes, aux langues anciennes sont rigoureusement exacte.
C'est ma petite fierté.
Merci d'avoir aimé, Jocelyne.
Très amicalement. Philip.

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