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Vu que ce souverain n'est pas n'importe qui
Je vais tourner sept fois ma plume dans son encre
Faire briller mes vers, trouver des mots exquis
Au prince du soleil, c'est l'hommage du cancre
Et en alexandrins pour cet autre Alexandre
Je vais conter la vie en rimes embrassées
Et si parfois mon cœur se montre un peu trop tendre
Je saurai rappeler quels furent ses excès
Mil six cent trente-huit, au début de septembre
Dans son château royal de Saint-Germain-en-Laye
La reine Anne d'Autriche a gémi dans sa chambre
Et soudain la clameur court dans le palais
Le petit Louis est né et la France profonde
Se plaît à voir grandir son futur suzerain
Jusqu'au jour où vainqueurs les princes de la Fronde
Le chassent de Paris avec son Mazarin
Par son adolescence agitée et nomade
Louis voit en son royaume hommes et femmes vivre
S'il ne fréquente que l'école par saccades
Il apprend hors-les-murs mieux que dans tous les livres
A quinze ans notre roi regagne enfin Paris
Rappelle Mazarin qui avec lui gouverne
Il concède à sa mère honneurs et favori
Car seul l'art militaire en ce temps le concerne
Puis le dit Mazarin pour remercier ce prince
Le conduit vers le sacre en terre de Champagne
Et bien que pour sa nièce en secret Louis en pince
Mazarin va l’unir à l’infante d'Espagne
Quand l’Italien décède aussitôt le monarque
S'octroie les pleins pouvoirs et dirige la France
Avec autorité il imprime sa marque
En écrouant Fouquet, ministre des Finances
Le roi réside au Louvre où logent les artistes
Que pour mieux contrôler il pensionne à ses frais
Mais chaque jour pourtant se rallonge la liste
Si bien que celui-ci fait construire un palais
Et des modestes murs d’un pavillon de chasse
Où le roi Louis son père aimait faire sa cour
S’élève en quelques ans un corridor de glaces
Qu’arpente en se mirant une élégante cour
Le roi ne conçoit pas son règne sans conquête
Que ce soit à la guerre ou que ce soit au lit
Son cœur et son épée sont toujours dans la quête
D’être d’une victoire à l’autre plus jolie
Mais parfois la médaille présente son revers
Quand la belle maîtresse en sorcière se grime
L’affaire des Poisons et ses effets pervers
Faillit faire tomber le roi et le régime
Au milieu des années mil six cent quatre-vingts
Un Etat dans l’Etat soi-disant se fomente
Par les admirateurs de Luther et Calvin
De fait le roi révoque alors l’Edit de Nantes
Il se met vite à dos la puissante Allemagne
Et se retrouve face à la Ligue d’Augsbourg
Qu’il guerroie neuf années avant que pour l’Espagne
Il n’envoie une armée s’enliser à son tour
Cette fois le conflit, qui dans l’horreur s’achève
A fini de vider les coffres du royaume
Le peuple est aux abois et attend la relève
Au trône chancelant où siège un roi fantôme
Une nuit de septembre, à soixante-seize ans
Le corps du Roi-Soleil est porté dans la tombe
Pour gouverner la France, on attend fort longtemps
Tout le temps que doit vivre une blanche colombe
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