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Au plus profond que j’aille en ma ressouvenance,
Ton image est liée à ma plus tendre enfance ;
Des premiers jours, bien sûr, je ne me souviens pas,
Pourtant, très vaguement, ma mémoire commence
Quand, en prenant ta main, je fis mes premiers pas.
Oh oui, je vois encor tes vieilles mains si belles
Enrouler le fuseau, fabriquer les dentelles
Qui garniraient la table ou bien tes tabliers,
Et les soirs de Noël, au doux clair des chandelles,
Tu riais de me voir préparer mes souliers.
Ta cheminée était pleine de garnitures,
De photos, de bouquets et d’étranges postures*,
Chacune était témoin d’un merveilleux moment ;
Mais c’était le buffet rempli de confitures
Qui surtout attirait le vilain garnement…
Quelquefois, le dimanche, on allait chez grand-père
Qui, disais-tu, dormait là-bas dessous la terre,
Et moi, gosse innocent, j’espérais tant le voir…
C’était, je m’en rappelle, à la fin de la guerre,
Toi, tu cachais tes pleurs derrière un voile noir.
Le temps s’est écoulé. Moi, j’ai grandi trop vite
Et toi tu devenais de plus en plus petite ;
A présent, je devais te tenir par la main
Lorsque – trop peu souvent – je te rendais visite
Et que nous promenions sur un bout de chemin.
Aujourd’hui tu n’es plus… mais je ne suis pas triste
Parce que tu dirais que je suis égoïste
Si mon chagrin masquait tous nos instants joyeux ;
Et si je suis poète, un petit rien artiste,
C’est grâce aux rêves bleus que tu mis dans mes yeux.
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* en Belgique, on donne le nom de "postures" à de petites statuettes décoratives.
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