|
LA PLUME FACILE
Trempée dans de l'acide, ou plongée dans du miel,
Ma plume a l'air docile, mais pourtant se rebelle,
Glisse sur le papier, caresse le velin,
Pour soudain s'emballer et le griffer sans fin.
Les amours infidèles, les amitiés trahies,
Les blessures d'enfance, la guerre, la mort, la vie,
L'agitent bien souvent et la révolutionnent,
Lui donnant quelquefois des allures de matrone.
C'est alors dans l'acide qu'elle va s'abreuver,
Les mots qui se bousculent ne peuvent l'arrêter,
Je l'ai vue tant de fois proche du désespoir,
Que j'ai dû l'enfermer au fond de mon tiroir.
Mais si vous lui chantez ce qu'est l'amitié vraie,
Si vous lui murmurez l'amour et ses secrets,
La douceur de l'enfant, le parfum de la rose,
On ne peut l'arrêter, en vers ou bien en prose.
Et la douceur du miel caresse l'encrier,
Comme autant de cadeaux que de nombre de pieds,
Frénésie du bonheur quand elle batifole,
Pour un mot bien choisi qu'on rature et fignole.
J'ai la plume facile, envers et contre tout,
Installée au soleil dans un coin du Poitou,
Et je veux la tremper dans un grand pot de miel,
Pour la voir allumer dans tes yeux l'étincelle.
|