La révérence du révérend

 

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Paganini (Tartini)

le vendredi 25 décembre 2015, à 09:00. Posté par Bartkley


L'autre jour j'observais un homme
Attifé d'un chapeau melon
Qui lui seyait à peu près comme
Des bretelles à un cochon.

Il était assis sur un banc,
Le regard perdu dans le vide,
Crispé comme quelqu'un soufrant
D'une méchante hémorroïde.

Client des décrochez-moi-ça,
Cela ne faisait pas de doute :
Vêtu d'un jean que délaissa
Quelque déçu par la Redoute,

D'un pull-over, du bleu des rois,
Qui partait en capilotade,
D'un duffle-coat d'avant, je crois,
Feu l'Homère et son Iliade

Et pour en finir des atouts
De cette inénarrable loque
Deux lamentables caoutchoucs
A ses pieds où manquait un socque.

Je fêtais seul ce jour d'octobre
Mon quarantième anniversaire
Et en jurant d'être après sobre
Je m'en prenais une dernière.

Bien que public il était mien
Ce jardin aux essences d'ifs
Où l'automne faisait l'indien
Et les chérubins les shérifs.

Je lisais les vers d'un géant
Entre à ma flasque deux goulées,
Bien installé sur mon séant,
Quand tout à coup furent troublées

Et ma solitude et ma peine
Par les souliers d'une grand mère
Foulant les graviers de la plaine
dans un bruissement de tonnerre.

Incroyablement laide et vieille
Effroyablement cachectique
Elle trimbalait de la veille
Un halo d'icône érotique.

Elle s'assit près de la loque,
Deux siècles presque à tous les deux
Et même pas un seul pébroque
Contre la colère des cieux.

Le barbon attrapa l'écrin
Qu'il avait à côté de lui
Et il en sortit un crincrin
Dont je craignais déjà le bruit.

Il mit un mouchoir en jabot,
A sa mine un air grave offrit,
Attaqua Moto Perpetuo
A faire blêmir Yehudi.

Au bleu soudain vira le ciel,
L'arbre au vert et la fleur à l'or,
Les abeilles faisaient du miel
Sous le soleil qui tapait fort.

Le birbe était un jouvenceau
Aux cheveux blonds calamistrés,
Il semblait un marié nouveau
Devant maire et administrés.

La vioque avait un des minois
Qui vous font dérailler la tête ;
De ces courbes qui, chaque fois,
Vous transforment l'humain en bête.

Je me relevai de mon banc
Une baudruche à mes menottes
Et je partis en sautillant
En frottant mes courtes culottes.

Réajustant ma marinière
Je ne pus cacher quelques larmes,
Retrouvant au bras de mon père
La plus belle des jeunes femmes.

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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
Michel (Signes de Vie) le vendredi 25 décembre 2015, à 09:14

Oh ! un connaisseur !
Yehudi, Paganini ... et la juste illustration du violon du diable.
Bravo ! Ne joue pas Paganini qui veut !
Amitié et joyeux Noël

http://www.mespoemes.net/signesdevie

Bartkley le vendredi 25 décembre 2015, à 18:07
Merci beaucoup Michel!
Joyeux Noël, aussi et...bonne diète (jusqu'au 31)! :-)

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