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Lettre retrouvée
Une parmi celles que j'ai écrites à mon épouse
Le soir panse ses blessures dans le petit jardin où le soleil, squatter à l'instar de tant de malheureux, étend ses couvertures avant de s'endormir à la belle étoile.
Qui prétend qu'à Paris il n'y a plus de poésie ?
La Ville Lumière mérite toujours cette appellation, qui est toujours aussi belle et illuminée.
Il y a toujours des amoureux qui se bécottent, des badauds qui déambulent et des bancs publics pour promeneurs fatigués. C'est assis sur l'un d'eux que je t'écris, dans le parc Montsouris où nous aimions tant amener les filles avant la naissance d'Erwan et notre retour au pays. Te rappelles-tu mon coeur comme elles chantaient bien ? Et la fois où il y a eu tout un attroupement quand elles ont interprété, avec toute la fraîcheur de leurs 4 et 3 ans "la Ballade des gens heureux". D'y penser ce soir j'en ai les larmes aux yeux. C'est rare de voir des enfants aussi jeunes chanter aussi juste.
Les enfants ? Il y en a encore plein qui jouent. Les enfants jouent partout, même dans les cours interdites au soleil.
Mon amour si tu étais là, tu entendrais comme moi, piailler les moineaux ? Les pigeons ? Bien sûr qu'il y en a, mais un peu plus loin, là où des gens, insconcients mais bien intentionnés, leur jettent du pain. Mais pigeons ou moineaux , ou tout autres oiseaux, j'entends toujours un air de fête quand je pense à toi.
Ce soir les automobilistes ont mis du velours dans l'essence. Tout à l'heure j'étais sur les bords de la Seine. Je t'ai acheté un vieux roman comme tu les aimes. Le bouquiniste commence à me connaître.
Je ne t'en dis pas plus: je veux te faire la surprise.
J'avais l'impression que les remorqueurs et les vedettes la mettaient en sourdine. Avant d'entrer en Seine. En ton honneur bien sûr.. Avaient-ils deviné que je pensais à toi ? Peut-être qu'eux songeaient à Carco et son -"notre"- poème :
"Il pleut. Nous resterons à la maison
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d'arrière-saison."
J'ignore s'ils font leurs devoirs de vacances. Moi je crois voir tels des grelots des rêves supendus aux branches.
Même le métro, tout beau, tout neuf et bien chaussé, n'a plus honte de se montrer.
La foule est toujours aussi dense et parle "en étranger".
C'est chouette, vois-tu, d'être au coeur du monde. Un monde varié, combien sympathique ! Un monde à aimer.
Que n'es-tu là mon coeur? Ce soir plus encore tu me manques.
Ce soir mon coeur tu aimerais Paris.
il est beau tu sais depuis que Malraux l'a obligé de se laver, repeindre et maquiller.
Paris populaire, Paris légendaire, cache sa misère et prête à flâner.
On y parle anglais, deuscht ou japonais, mais Paris sur Seine a le goût français.
Que n'es-tu près de moi, mon coeur. Ce soir tu aimerais Paris.
Paris l'ingrate pourtant, l'oublieuse, qui ne se souvient plus de toi. Mais moi je n'oublie pas et malgré tout le charme qu'elle déploie, (et dont je me force à croire que c'est aussi un peu pour moi, même si je ne suis pas dupe), Paris ne me retiendra pas. Dès que ma mission sera accomplie, je reviendrai, toujours aimant, Et toujours aimé, je le sais. Bientôt je serai près de toi. Nous serons de nouveau réunis. Et je ne te quitterai plus. Ou jamais pour si longtemps. Je t'aime. Embrasse fort les enfants pour moi.
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