|
Ecrit à Rennes en 1961 ou 62
Un enfant est mort,
mort avant Noël,
mort empoisonné.
Il ne pouvait plus supporter
que sa mère soit emprisonnée.
Emprisonnée pour 75 francs.
75 francs qui manquaient
sur un chèque qui datait
de 2 ans.
Thierry s'est suicidé
car il ne croyait plus
en la Justice.
Justice ! Ce mot existe-t-il vraiment ?
Comment peut-on appeler la machine inhumaine
qui arrache une mère à ses neuf enfants ?
La justice du pauvre
est-elle la même que celle du riche ?
Quand l'un dicte sa loi et l'autre la subit ?
Thierry s'est suicidé
car il ne croyait plus
en l'humanité.
L'Humanité ! Ah ! elle est belle
l'Humanité !
Personne n'avait conseillé sa mère.
Personne n'avait cherché à comprendre son affaire.
Et maintenant tout le monde se moquait.
Jusqu'à ses copains à l'école
où il n'osait plus aller.
Thierry s'est suicidé
car il ne croyait plus... mais non ! Non!
NON ! il ne s'est pas suicidé.
C'est la société qui l'a tué !
En désignant des juges et des gendarmes
pour mener sa mère en prison,
en méprisant le fils de "la voleuse".
La voleuse !
Car on traite de voleur l'ignorant malchanceux
et l'on salue bien bas
le député truand,
le trafiquant notoire,
le notable assassin
et l'homme -oui, c'est ainsi qu'on l'appelle-
l'homme d'état génocidaire.
En méprisant disais-je
le fils de la voleuse,
on a tué,
la société : c'est-à-dire VOUS, MOI, NOUS TOUS, AVONS TUE
aussi sûrement qu'avec un révolver
un enfant qui croyait bêtement,
comme cela devrait être le cas pour tous les enfants,
que la vie était belle.
Thierry s'est suicidé
car il ne croyait plus en l'avenir.
Un mois avant Noël.
Il avait 14 ans.
Ma mie, ce soir je n'irai pas danser.
Laisse-moi. J'ai envie de pleurer.j
J'ai envie de vomir.
J'ai envie de hurler.
Ah ! quand donc viendra-telle
la Grande Utopie Egalitaire ?
Révolution !
RE VO LU TION !
Vraiment parfois je n'y crois guère .
Jésus es-tu donc mort POUR RIEN ?
Ce cri du coeur, dont je demande qu'il ne soit pas jugé sur sa qualité d'écriture
mais considéré à la mesure de l'indignation suscitée par ce fait divers hélas bien réel
fut interprété et mis en scène en 1962 au Théâtre/Opéra de Rennes lors d'un spectacle de danse
organisé par une amie professeur (de danse classique et moderne)
|