La révérence du révérend

 

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Descente de lie (Estasie)

le dimanche 07 février 2016, à 18:24. Posté par Bartkley


    Votre crinière, dans les airs, faisait comme de jolis rus; des rivières, dans le désert, qui inondaient la rue.
    Vos flots, comme un noyé, me portèrent jusqu’à cette porte cochère, dérobée, délabrée, d’un glauque cabaret.
    Là, vous faisiez votre intime toilette devant un parterre d’hommes, déçus par la vie, et de femmes qui, pour n’en perdre une miette, c’étaient grimées en moustachus .
    Déguisée en geisha, sous votre masque de riz et vos cheveux tirés, je ne vous reconnaissais pas et pourtant vous devinais.
    A l’époque, je vivais dans une chambre de bonne, au milieu de boussoles, de sextants, de cartes du ciel et de mappemondes; je tirais des plans sur une comète que vous rendîtes obsolète.
    Combien de fois, sur votre kimono, où se coursaient d’improbables oiseau, entre deux néfliers morts et deux citronniers d’or, ai- je gravi le Fujiyama qui tombait à vos pieds comme un vulgaire pyjama?
    Et puis un soir ,vous n’êtes plus venue …Il pleuvait...
    Alors, je suis sorti et j’ai traversé la rue, sans regarder ni à droite ni à gauche, ni devant ni derrière, pour me faire essorer comme une vieille serpillière.
    A trop vite vouloir étreindre, il arrive qu’on se cogne et se blesse .
    D’avoir été boiteux, aux tabourets des zincs qui collent, j’emboîte le pas de ceux qui décollent, juste en levant les yeux .
    Longtemps, j’ai regardé le ruisseau n’y voyant que l’eau claire, ignorant les ferrailles d’épaves, ces navires de poissons à l’huile, qui n’avaient rien à faire en eaux douces et qui périrent en leurs fonds entre culots et goulots de canettes de verre.
    Souvent, j’ai croisé, au détour des brumes de ma lande chérie, Huang Shan, capitale du ciel.
    J’ai salué chaque pin comme on salue un dragon et j’ai senti la chair du tigre .
    Les cloches de mon village, maintes fois, se sont changées en ces gongs qui font vibrer les tympans des moines birmans et mon vulgaire chichon en majesté d'Indonésie narguant le Kerinci.
    Les yeux, les oreilles, la bouche et le nez sont les plus merveilleux des moyens de transport.
    Il faut aimer la magie pour applaudir au lapin qui sort du chapeau rose de l’arbre de Judée, en pantalon de lierre, sous lequel on attend et pour s’émerveiller de la première pluie, avant l’heure d’été, qui laisse le forsythia ruiné.

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