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En souvenir de Jeannick de S.... , qui me fut une douce amie
là-bas, au coeur de l'Algérie.
J'ai même oublié son visage.
J'en ai tant connus depuis lors.
Je n'ai rien su de son corsage
Ni des doux secrets de son corps.
Elle m'a donné davantage
Le souvenir des jours d'alors.
Et si s'estompe son visage
Je me souviens d'autres trésors.
Nous étions assis, charmants, sages
Et j'écoutais sous ses doigts d'or
Schumann. Moi je tournais les pages.
Nos coeurs battaient d'un même accord.
Dehors la guerre et le carnage.
Nous étions seuls et tout son corps
Frissonnait. Levant son visage,
Elle a chanté quelques accords,
Paroles sur la Sérénade
Ecrites par moi près du port
De Cassis, lors d'une escapade
Où je pleurais un copain mort.
Ce n'était pas une passade.
Elle me fut chère. Un trésor.
Le soir j'étais en embuscade
Mais j'étais auprès d'elle encor.
Et depuis lors, quand me ravagent
L'angoisse, le temps, le remords,
Je sais le moyen d'être sage:
J'ai le secret des jours d'alors.
Pour la vérité due au lecteur, ce n'est pas Sérénade mais "Rêveries" que j'aurais dû écrire. . Les fameuses Rêveries de Schumann. C'est vrai que dans l'inconscience de ma jeunesse j'avais osé y mettre des paroles. Elles ont été perdues (brûlées je pense avec d'autres papiers, livres et cahiers autrement plus importants pour certains) dans le naufrage de ma deuxième union. Nous (vous et moi) n'y avons pas perdu grand chose et Schumann, lui, a été obligatoirement soulagé là-haut au Paradis de artistes.
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