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Une vague de paix s'abaisse sur la ville
Dans le jour finissant.
Le ciel purifié qu'on dirait immobile
Prolonge ce moment.
Le soleil s'est couché dans une apothéose
De pourpre et d'incarnat.
S'incruste l'horizon d'opale et puis de rose,
De pastel délicat.
C'est l'heure du repos que les anges colorent
De rêves bleus et blancs.
Dans la nuit qui grandit des ombres s'évaporent
Aux jardins frissonnants.
Les oiseaux ont cessé de palpiter des ailes
Au fond des buissons creux.
Seuls les petits moineaux, gavroches et rebelles,
Se querellent entre eux.
Les Rêveries ! O Dieu ! j'entends Schumann revivre
Sous l'archet d'un voisin.
Le ciel prend maintenant des reflets de vieux cuivre
Et des tons d'or éteint.
Jacques à son violon alterne les silences
Avecque les soupirs.
Je songe aux soirs si beaux de Samain. Résonances
Douces des souvenirs..
Le vent parle d'amour, la terre de tendresse,
L'ombre d'intimité.
Mais une étoile d'or, là-haut, très-haut, professe :
"Ici l'éternité."
Une lampe s'allume ainsi qu'un sanctuaire
A la proche maison.
Puis une voix d'enfant récite une prière
Ainsi qu'une chanson.
Auprès d'un abat-jour courbant sa tête blonde,
Psyché, Nyx ou Vénus?
Mon amour étudie, ignorante du monde,
Possédant le surplus.
C'est la nuit maintenant. Le vol de l'heure grise !
Comme le temps s'enfuit !
Oh ! J'étais si heureux ! Et voici que la brise
N'est plus que vent d'ennui.
Allons, il faut dormir car la mélancolie
Va me reprendre encor.
Hélas ! O soir si beau, tu es, je ne l'oublie,
Symbole de la mort.
"Poésies de jeunesse" Saint-Brieuc 25 mai 1955
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