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Tout le monde connaît le nom de ce poète
Mais très peu d'entre-nous, comme on clame Prévert
La Fontaine, ou Hugo, pourraient citer de tête
Le moindre de ses chants, moins encor de ses vers
On ne se souvient pas du titre de ses livres
En a-t-il écrit un se demande-t-on même ?
Pourtant tout un chacun sait que le "Bateau ivre"
Est encore aujourd'hui le plus beau des poèmes
Un jour ce chevalier de la littérature
De sa plume aiguisée, telle l’Escalibur
Fendit la table ronde où dormaient les cœurs purs
Et de la poésie devînt le roi Arthur
Laissez-moi vous conter l'histoire de ce gosse
Adolescent rebelle à son Ardenne terne
De l'enfance captive à la chute précoce
En rimes embrassées, il faut être moderne
Arthur naît en l'an mil huit cent cinquante-quatre
Le vingtième d'octobre au bourg de Charleville
Son père, militaire, est parti pour combattre
Et de rentrer chez lui ne juge pas utile
Son fils est à sept ans en classe de neuvième
Il termine l'année avec le premier prix
Il rédige en latin de très nombreux poèmes
Et compose aisément de longues élégies
Puis, d'année en année, les palmes s'accumulent
A seize ans il écrit dans "La revue pour tous"
D'Hugo et Baudelaire il se veut leur émule
Mais être "Parnassien" reste sa folie douce
Quand éclate la guerre, il quitte Charleville
Pour fuguer vers Paris en plein mois de juillet
Las, en gare du Nord, les contrôleurs fébriles
Le font mettre en prison pour défaut de billet
De retour au foyer dans le courant septembre
Sa mère le reçoit entre joie et griefs
Et bien qu'à double tour enfermé dans sa chambre
Elle croît le tenir, il s'enfuit derechef
De cavale en cavale au son de la défaite
Il construit une à une à l'encre de sa chair
Les pages tourmentées qui brûlent dans sa tête
De sa prime saison sur les quatre en enfer
Définitivement, il quitte le collège
Et s’installe à Paris, dans un climat tendu
Car depuis que la Prusse a fait lever le siège
La Commune résonne à chaque coin de rue
C'est peu de temps après qu’Arthur désire vivre
Trois ans tumultueux auprès de Paul Verlaine
Mais ce dernier, jaloux, un jour qu'il était ivre
D'un coup de révolver blesse Rimbaud dans l’aine
Verlaine incarcéré, le jeune homme s’exile
Dans le hameau de Roche, où vit sa mère encore
Là-bas il y écrit d’un impeccable style
L’histoire de ces jours où il frôla la mort
Puis le jeune poète abandonne la plume
Pour voyager un peu au gré de ses vingt ans
Comme dira Verlaine avec quelque amertume
Arthur Rimbaud est l’homme aux semelles de vent
Angleterre, Allemagne, Italie et Marseille
Passage à Charleville où succombe sa sœur
Puis farniente en Autriche, où pendant son sommeil
Il se fait détrousser par d’ignobles voleurs
Quelques velléités le poussent à s’inscrire
Dans une grande école, or il n’en n’a plus l’âge
Alors très en colère, Arthur, sans réfléchir
Dans l’armée coloniale hollandaise, il s’engage
Il embarque un beau jour sur le "Prince d’Orange"
Pour rejoindre Java, sis en Polynésie
Mais à peine arrivé, par un réflexe étrange
Clandestinement il s’en retourne au pays
Après un an reclus dans sa ville natale
Sa bonne "Charlestown", c’est ainsi qu’il la nomme
Il s’en va parcourir les côtes boréales
Et finit épuisé dans un cirque à Stockholm
Lors de ses vingt-cinq ans, Arthur tombe malade
Il quitte brusquement Chypre, où il travaillait
Et auprès de sa mère et de ses jérémiades
Il recouvre la forme aux premiers jours de mai
Cette fois-ci il part pour un très long voyage
Dans la Corne d’Afrique, au Harar, à Aden
Ses lettres à sa mère et divers témoignages
Disent qu’il négociait avec les indigènes
A trente ans il est dit associé à un type
Un français négociant armes et munitions
Mais celui-ci très vite ayant cassé sa pipe
Laisse notre Arthur à ses illuminations
Quelques intellectuels viennent à sa rencontre
Ils le décrivent comme un être intelligent
Muet sur le passé, goguenard, faisant montre
De grande honnêteté et vivant simplement
A Paris on s’inquiète et on vit dans l’attente
De le voir revenir dans les temps les plus brefs
Car on vient de créer l’école décadente
Dont indéniablement il doit être le chef
Mais notre pauvre Arthur n’est plus en grande forme
Ses efforts à cheval et ses marches forcées
Lui brûlent le genou et ses jambes énormes
Toujours sur un brancard, le font se déplacer
Il liquide à la hâte toutes ses marchandises
Et quitte le pays transporté par porteurs
Débarqué à Aden, mauvaise est la surprise
C’est une synovite, assurent les docteurs
De retour à Marseille, Arthur est un squelette
Un chirurgien l’ampute et stoppe l’infection
Sur sa jambe de bois trottine le poète
Mais l’articulation lui brûle le moignon
Son état se dégrade un peu plus chaque jour
Il manque d’appétit, il a des insomnies
La maladie progresse et son dernier recours
Semble être le bon Dieu et la vierge Marie
Il meurt le dix novembre en cité de Marseille
Le quatorze, il rejoint le caveau familial
Et sous la terre grise, où tant d’autres sommeillent
Il dort souriant comme un sien Dormeur du val
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