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En roulant dans son lit des éclats du passé,
La rivière du temps emporte la mémoire ;
Un vieil homme a tourné les feuillets d’un grimoire
Si souvent qu’aujourd’hui le texte est effacé.
Il ne me souvient plus : étaient-ce des colombes
Ces vilains oiseaux noirs qui, dans le vent glacé,
Lançaient un cri funeste en survolant les tombes ?
Par éclairs, il revoit des ombres de soldats,
Forçats d’une tranchée, au loin des Résédas*.
L’un et l’autre pleuraient quand éclataient les bombes.
Ils étaient six amis, mais ils ne faisaient qu’un,
Ils avaient pris ensemble un taxi pour la Marne
Se croyant immortels, mais quand le sort s’acharne…
Le premier succomba ; plus tard ce fut Verdun.
C’est sublime, dit-on, de mourir pour la France !
Ce fut une hécatombe, il n’en revint aucun ;
Et lui, depuis ce jour, est frappé de démence.
Vers le grand cimetière, à petits pas pesants,
Le centenaire avance, accablé par les ans.
Verdun a pris son père et tué son enfance.
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Réséda : nom donné aux Allemands à cause de la couleur vert-gris de leurs uniformes.
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