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Auguste et Stéphanie Verlaine étaient mariés
Depuis plus de dix ans mais n'avaient pas d'enfants
Une muse friponne, à moitié désœuvrée
Sur le lit conjugal se pencha doucement
C'est ainsi que naquit au fond de la Lorraine
Aux derniers jours de mars le petit Paul-Marie
Que l'histoire appela tout simplement Verlaine
Et de qui tant de vers par cœur on a appris
Quelque sept ans plus tard la petite famille
Quitte Metz à regret pour monter sur Paris
A l'âge où les garçons s’égaient encore aux billes
Des rondeaux, des sonnets, déjà Paul a écrits
Mais cette vie nouvelle efface ses repères
Il devient turbulent, on le met en pension
Là, pour chasser l'ennui, il apprend Baudelaire
Et lit du Mallarmé à la récréation
Bachelier, il s'inscrit en faculté de droit
Mais abandonne vite examens et études
Préférant fréquenter d'artistiques endroits
Et quelques cafés où il a ses habitudes
Paul vient d'avoir vingt ans et vit de sa bohème
Mais ses parents inquiets, désirant qu'il travaille
Lui trouvent un job à la mairie du neuvième
Or être comptable ne lui dit rien qui vaille
Son père meurt soudain, alors Paul démissionne
Pour vivre aux crochets de sa germaine cousine
Qu'il rêvait d'épouser, jusqu'à ce jour d'automne
Où Dieu l'a rappelée en sa maison divine
Le jeune homme éprouvé bascule dans l'alcool
Il tente plusieurs fois de trucider sa mère
Celle-ci voudrait bien que son diable de Paul
Épousât la Mathilde une amie de naguère
Mathilde offre sa main en août soixante-dix
Il a vingt-six ans, elle n’en n’a que dix-sept
L'année suivante, heureuse, elle lui donne un fils
Qui, trente années de plus, survivra au poète
Paul est devenu presque un mari idéal
Il a même trouvé un emploi sédentaire
Dans les services de la Garde nationale
Où il peut se nouveau s'adonner à ses vers
Mais quand gronde la guerre et chante la Commune
Notre soldat-poète a la peur de sa vie
Alors qu'il est tout seul de garde au clair de lune
Il s'enfuit en jetant poèmes et fusil
Sa vie sans horizon devient tumultueuse
Il rencontre un poète aussi paumé que lui
Avec qui il entame une histoire amoureuse
Cet amant c'est bien sûr de Rimbaud qu'il s'agit
Il ruine son mariage avec sa jeune femme
Qu'il frappe et viole après s'être saoulé d’absinthe
La vie avec Arthur, de scandales en drames
A coups de révolver met fin à leurs étreintes
Pour "Le pauvre Lelian", comme ainsi il se nomme
D'après l'anagramme de ses nom et prénom
La justice insensible aux rites de Sodome
Le condamne à deux ans et demi de prison
Au fond de son cachot le poète est bien triste
Il retrouve la foi et a quelques visions
Par le judas croyant apercevoir le Christ
Il fait rimer ses vers avec la religion
Autour de la trentaine, il vit en Angleterre
Où il est professeur de grec et de latin
De nouveau il s’entiche, au grand dam de sa mère
D’un gamin répondant au prénom de Lucien
Ce dernier meurt soudain de fièvre typhoïde
Ce qui cause à Verlaine une perte notoire
Et pour chasser le stress causé par ce grand vide
Il consacre vingt-cinq poèmes à sa gloire
Ses vers empreints d’amour, de rêve et d’exotisme
Font de lui un voyant, un virtuose, un prophète
Du décadentisme et surtout du symbolisme
On le surnomme alors "Le prince des poètes"
Abruti par l’alcool, une nouvelle fois
Il tente d’étrangler sa pauvre et vieille mère
Ce qui lui vaut encor la prison pour un mois
Avant de retourner aux trottoirs de l’hiver
Tel un quasi-clochard, il termine sa vie
En souffrant du diabète et de la syphilis
À cinquante et un ans, en janvier à Paris
Il meurt discrètement dans le lit d’un hospice
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