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Du vainqueur de la Grande guerre
Au chef d'état réactionnaire
D'une France humiliée quatre ans
Par l'envahisseur Allemand
Philippe Pétain jette un voile
Dans la mémoire nationale
Et de son nom à tout jamais
Laisse une image contrastée
Pourtant cet enfant de l'Artois
Qui perd sa mère à dix-huit mois
Est élevé très strictement
Par son oncle et ses grands-parents
C'est en pension à Saint-Omer
Qu'il rêve d'être militaire
Et au collège qu'il désire
Faire ses classes à Saint-Cyr
Au bout de dix années d'études
De grandeurs et de servitudes
Il en sort fier et le front haut
Avec le père de Foucauld
Il est passé de lieutenant
A capitaine et commandant
Il est au rang de colonel
Quand s'élève la tour Eiffel
Il a quarante ans, guère plus
Quand survient l'affaire Dreyfus
Mais bien qu'il ait une opinion
Il ne veut prendre position
Il rêve de se marier
Mais les costumes d'officier
N'ont plus la cote, même pire
Depuis la chute de l'Empire
Alors, à l'École de guerre
Notre élégant quinquagénaire
Donne des cours de stratégie
En vue d'un éventuel conflit
En mil neuf cent-treize, il s'apprête
À partir enfin en retraite
Il a sous ses ordres, c'est drôle
Un certain lieutenant de Gaulle
Quand il regagne ses pénates
Soudain la Grande guerre éclate
Et le colon contre son gré
Est obligé de rempiler
Promu général de brigade
Il fait tant honneur à son grade
Qu’on le convertit sur le front
En général de division
Sous les ordres du père Joffre
Par son génie tactique, il offre
La victoire à ses fantassins
À la bataille de Verdun
Quand vient l’heure de l’armistice
Pour ses bons et loyaux services
Il obtient sa septième étoile
Et son bâton de maréchal
Juste au début des années folles
Le vieux maréchal batifole
Il épouse une ancienne amie
Qui a vingt ans de moins que lui
Nommé ministre de la Guerre
Il n'occupe le poste guère
Plus de neuf mois car son patron
Donne vite sa démission
Puis quand la guerre dite "drôle"
Fait s'exiler Charles de Gaulle
Sans hésiter il le condamne
Et chef de l'État se proclame
Pétain, à quatre-vingt-quatre ans
Pour le nouveau César se prend
Mais son "veni vidi vici"
S'arrête aux portes de Vichy
Alors il édicte des lois
Pour que marchent au pas de l'oie
Les pauvres Français occupés
Sous peine d'être déportés
En mil neuf cent quarante-cinq
Avant que les alliés ne vainquent
Il dissout vite la Milice
Et court se réfugier en Suisse
Quand l'Allemagne est envahie
Pétain regagne le pays
Il est aussitôt arrêté
Écroué, jugé, condamné
En mil neuf cent cinquante et un
Dans un petit port Vendéen
On l'enterre discrètement
Il avait quatre-vingt-quinze ans
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