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Je chante pour tous les copains
Tous ceux qui partagent leur pain
Pain blanc ou bien pain de famine,
Qui march'nt pas aux amphétamines,
Copains de boulot, de quartier;
Qui bossent pour y arriver,
Sauf quand l' chômag' les a touchés.
Je chante pour tous les crétins
Pour tous ceux qu'ont raté le train
Le train bleu de la réussite
Et qui vous affirment bien vite
Que la chanc' n'était pas pour eux,
Qu'ils auraient pu fair' beaucoup mieux
Mais qu'un jour ils seront heureux.
Je chante aussi pour les boudins
Et pour les mémés à chien-chien
Qui pour épancher leur tendresse
S'en vont tous les jours à la messe.
Et qui emmerdent les curés
Par leurs histoir's, par leurs péchés
Mais qui ont tant besoin d'aimer.
Je chante pour les bohémiens,
Les voyageurs des longs chemins,
Errants malgré eux, saltimbanques
Et qui de plus dérouill'nt et banquent,
Fuyant la guerre ou leur pays ,
Délaissant parents et amis,
Croyant qu'ici c'est l' Paradis.
Je chante encor pour les putains,*
Les méprisées, les moins que rien,
Pour les vraies, les appelées telles,
Pour les putains professionnelles.
Et qui le sont bien moins pourtant
Que ces madames de haut rang
Qui ne sav'nt pas être mamans.
Je chante pour les vieux machins
Qu'ont r'çu plein de directs au sein,
Knockoutés par leur vie sinistre,
Qu'ont pas des retrait's de ministres.
Vieux travailleurs crevant de faim,
Vieilles mamans que leurs gamins
Ont laissées pour partir au loin.
Je chante pour les Africains,
Asiatiqu's, Sud Américains,
Tous nos cousins de par le monde,
En qui souvent la colère gronde.
Nous sommes tous des passagers
Sur un petit grain de beauté
Voyageant dans l'immensité.
Je chante enfin pour les rupins,
Qu'on n'enterre pas dans du sapin,
Les désoeuvrés neurasthéniques,
Des mecs si cons, pas du Mexique.
S'il ien a un qui me comprend,
S'il voit la main que je lui tends,
Je n'aurai pas perdu mon temps.
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